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Un conte de Paul Coelho : un homme, son cheval et son chien.

Publié le par kasimir, dit pinson déplumé

 

Ce petit conte, je l'ai simplement tiré d'un PPS.

Ce PPS, c'est la seconde fois que je le reçois.

La première fois, il m'a paru simplement intéressant, mais sans plus.

 

Hier soir, en le lisant pour la seconde fois....

il m'a ému presque jusqu'aux larmes.

 

Pourquoi ?

 

Peu-être une question de contexte,

 

du fait de ce qui s'est passé en moi depuis quelques jours...

 

Va savoir !

 

 

Paul Coelho  est un romancier brésilien.

 

 

 

               cheval-alezan.jpg

 

 

 

Un homme, son cheval et son chien, marchaient sur une route.

 

 

Ils passèrent près d'un arbre énorme. 

 

La  foudre tomba sur cet arbre

 

et tous les trois furent foudroyés.

 

Mais ce fut si soudain que l'homme ne se rendit pas compte tout de suite qu'il avait  abandonné le monde.

 

Et il continua son chemin avec ses deux animaux.

 

Et oui...

les morts marchent souvent un certain temps

avant de comprendre qu'ils sont bien morts.

 

La route était très longue.

Ils grimpèrent sur une haute colline.

Le soleil était brûlant.

Ils étaient en sueur et assoiffés.

 

Dans un virage ils virent un magnifique couloir de marbre.

Il conduisait à une place pavée d'or.

Un homme en gardait l'entrée.

Le marcheur s'adressa à cet homme.

Bonjour !

Bonjour , répondit le gardien.

Comment s'appelle ce si bel endroit ?  demanda le marcheur.

 

C'est le Ciel,

 

répondit le gardien.

 

Oh tant mieux ! Nous sommes arrivés au Ciel !

car nous avons si soif !

Pouvons-nous entrer et boire ?

Vous pouvez entrer et boire tant qu'il vous plaira.

Et le gardien lui indiqua la source.

 

Mais mon cheval et mon chien ont soif aussi....

ajouta l'homme.

 

je suis désolé, dit le gardien,

mais ici on ne permet pas l'entrée aux animaux.

 

L'homme se leva, déçu, car il avait très soif,

mais il ne voulait pas être seul à boire.

 

Il remercia le gardien et continua son chemin.

 

 

                ***

 

Après avoir marché un long moment, tous les trois,

en montant une côte très pénible,

ils arrivèrent devant une vieille porte

qui donnait sur un chemin de terre planté d'arbres.

 

A l'ombre d'un se ces arbres

il y avait un homme couché,

la tête couverte d'un chapeau.

Il dormait probablement.

 

Bonjour, dit le marcheur.

L'homme couché répondit par un geste de la main.

Le marcheur reprit :

Nos avons très soif, mon cheval, mon chien et moi-même.

Pouvons-nous entrer pour boire ?

 

 

Oui, dit l'homme, en indiquant le lieu,

il y a une source là bas, entre les rochers,

vous pouvez y aller tous les trois

et boire toute l'eau que vous voudrez.

 

L'homme, le cheval et le chien allèrent à la source

et apaisèrent leur soif.

 

Puis l'homme retourna vers le gardien et demanda :

Où sommes-nous ici ?

 

C'est le Ciel.

 

 

Le Ciel ici ?

Mais le gardien du couloir de marbre m'a dit que c'était là-bas !

 

Là bas, ce n'était pas le Ciel, c'était l'Enfer,

répondit le gardien.

 

 

Le marcheur demeura perplexe.

Et il ajouta :

Vous devriez leur interdire d'utiliser le nom de Ciel,

car cette fausse appellation doit provoquer de grandes confusions.

 

En aucune manière, reprit l'homme.

En réalité ils nous font une grande faveur.

 

Parce que tous ceux qui sont capables d'abandonner leurs amis

restent là bas.

 

N'arrivent ici que ceux qui ne quittent jamais leurs amis

même si cela leur pose des problèmes.

 

 

 

                   ***

 

 

Merci Paolo Coelho.

 

 

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Les chants de la vie : un conte que m'a inspiré l'oeuvre de YUNUS EMRE

Publié le par kasimir, dit pinson déplumé

Yunus Emre              (ce qui se prononce : iounouss emré) –

est un poète turc du XIV me siècle –

 

J'ai rédigé  ce texte il y a plusieurs années pour mon usage personnel.

Je n'ai conservé dans mes notes aucunes indications relatives aux sources de ce récit.

Je l'ai recopié plusieurs fois, et très certainement assez profondément modifié.

Mais il est possible que de nombreux passages puissent reproduire des écrits déjà publiés.

S'il advenait que la publication ici, de cet article, ennuie une personne qui penserait avoir des droits sur une partie de mon texte, je veux lui présenter mes excuses, et je le retirerai aussitôt, si cette personne me le demande.   

 

 

 

************************************************

 

 

         Un homme avait décidé de chercher la vérité,

la vérité sur sa vie, sur la vie.

 

Alors il était parti dans un désert,

un endroit où personne ne va,

si ce n’est parfois un berger, à la recherche d’un troupeau perdu,

ou quelque bandit en fuite,

ou les débris d’une armée poursuivie par les vainqueurs.

 

Et il avait marché, droit devant lui, sans savoir où il allait.

 

Et un jour il a rencontré Taptouk.

 

 

            ***

  
         Taptouk avait d’abord été un guerrier.

Il avait tué beaucoup d’hommes,

et lui-même avait souvent été laissé pour mort.

Un jour, après une bataille, il gisait là, dans son sang,

et il a pensé que cette fois il allait mourir.

Il s’est traîné vers un ruisseau,

mais il n’avait même pas la force de boire.

 

Et il a attendu la mort.

 

 

             ***  

Ce n’est pas la mort qui est venue, mais une femme.

 

Elle l’a emmené chez elle, l’a soigné, longtemps,

des jours et des nuits, des nuits et des jours.

 

Et elle a guéri presque toutes ses blessures,

sauf une :

un coup de sabre lui avait ouvert les deux yeux.

Et ça, elle n’a pas pu le guérir.

 

Taptouk était aveugle, jamais plus il ne pourrait faire la guerre.

 

Mais lui et la femme ont décidé de vivre ensemble.

Sa femme le guidant, ils se sont mis à marcher.

 

Ils sont arrivés dans un désert montagneux,

et là, sur une vaste colline balayée par le vent,

ils ont senti l’immensité du monde,

et ont décidé de vivre en ce lieu.

Et ils ont construit une cabane.

 

 

 

             ***  

 

Des gens ont appris qu’un homme et une femme vivaient là,

en plein milieu du désert d’Anatolie.

Ils sont venus,

ont construit d’autres cabanes autour de celle de Taptouk.

C’est ainsi que s’est établi, en plein désert, une sorte de monastère.

 

 

             ***  

 

Et c’est là qu’un jour est arrivé Yunus Emre.

 

Il a demandé à Taptouk de l’instruire, de lui apprendre la vérité.

Taptouk l’a regardé, longuement, comme s’il le voyait, et lui a dit :

« Bien, reste.

Pour commencer, tu vas balayer la cour, trois fois par jour.

C’est  tout ».

 

Et Yunus a balayé la cour.

Trois fois par jour.

Les autres moines priaient, s’instruisaient.

Lui balayait la cour. Trois fois par jour.

Personne ne lui parlait.

Même pas Taptouk. Il ne lui disait jamais rien.

 

Alors Yunus chantait en balayant.

 

Il chantait des chants qu’il inventait, des petits chants, des « nefs »,

ce qui veut dire « souffles »,

tout ce qui lui venait dans la tête, et le cœur,

et le vent emportait ses chants.

 

Au bout de cinq années....

il s’est demandé si Taptouk ne l’avait pas oublié.

« Pourquoi ne me dit-il rien ?

 

 

                 penseur.jpg

 

 

 

 

Peut-être veut-il m’apprendre quelque chose ?

Peut-être la patience ?

Alors il faut que je continue ».

Et Yunus a continué à balayer la cour trois fois par jour.

À balayer et à chanter.

 

Au bout de cinq nouvelles années, rien ne s’était produit,

alors il s’est dit : 

« Non, ça n’est pas juste.

Pourquoi ne suis-je pas admis à son enseignement ?

 

Mais peut-être veut-il m’apprendre quelque chose ?

Peut-être à être humble ?

Alors il faut que je continue. »

 

Et Yunus a continué à balayer,

et à chanter, pour garder la joie dans son cœur. 

 

 

 

                   *** 

 

Au bout de cinq autres années, il s’est dit : 

« Je suis venu ici pour apprendre la vérité, pas pour balayer. »

 

Alors il est parti,

il a tout laissé là,

il est parti sans rien,

et il a marché droit devant lui.

 

Il était dans le désert, et n’avait rien à boire ni rien à manger.

Il s’est dit qu’il allait mourir,

mais qu’il valait mieux mourir en marchant.

Il a continué à marcher.

 

Il a marché trois jours.

 

Au moment où il allait s’allonger à terre pour mourir....

il a vu …

il a vu une tente.

 

C’était une grande tente,

et les gens qui étaient devant l’ont aperçu, lui on fait signe de venir.

Il est arrivé jusqu’à eux.

Et c’était incroyable !

Ces gens buvaient des boissons fraîches,

mangeaient des fruits succulents,

des plats parfumés.

Il n’en revenait pas.

Il n’a rien demandé.

Il a bu, il a mangé, il s’est reposé.

Et après seulement, il a parlé.

       

« Mais ici, c’est le désert, comment pouvez-vous avoir tout ça ?

Pourquoi êtes-vous installés là ? »

 

Et ces gens lui ont dit : 

« Et bien, un jour nous passions par là,

et soudain nous avons entendu un chant.

Nous nous sommes arrêtés pour mieux écouter.

Et voici que de l’eau s’est mise à couler au pied du rocher,

des plantes à pousser,

et des fruits à apparaître.

 

L’eau a coulé aussi longtemps que le chant s’est fait entendre.

Alors nous sommes restés.

 

Et une deuxième fois,

puis une troisième fois dans la même journée,

le chant est revenu,

et à chaque fois, l’eau s’est mise à couler.

Des plantes sortaient du sol, fleurissaient, portaient des fruits.

 

Alors nous sommes restés dans ce lieu si extraordinaire,

et nous vivons là depuis cinq ans.

 

 

Yunus a demandé : 

« Pouvez-vous m’apprendre ces chants ? »

Et ils ont chanté,

et Yunus a reconnu ses propres chants,

ceux qu’il inventait et chantait en balayant trois fois par jour,

et que le vent emportait.

 

Alors Yunus a remercié ces gens,

et il est retourné, presque en courant, aussi vite qu’il pouvait,

vers le monastère de Taptouk.

 

Il est arrivé à la tombée de la nuit.

La palissade qui entourait les habitations était fermée.

Il a frappé, appelé.

La femme de Taptouk est venue.

 

« Puis-je entrer, revenir, reprendre ma place ? 

- Je ne sais pas, a répondu la femme,

Taptouk a été tellement peiné de votre départ.

Il a dit : 

« Comment lui, mon fils préféré,

celui que j’ai aimé plus que tout autre,

celui à qui j’ai donné le meilleur de moi-même,

comment a-t-il pu partir ainsi ? »

 

et il en est terriblement malheureux.

Écoutez, voilà ce que vous allez faire :

vous allez vous coucher ici, dans la cour,

et passer la nuit là.

Demain matin, Taptouk viendra faire sa promenade à mon bras.

Il cognera votre corps.

S’il dit : 

« Quel est ce corps à terre  »

vous saurez que c’est fini pour vous ici,

vous devrez partir à jamais.

S’il dit : 

« N’est-ce pas là le corps de notre bon Yunus ? »,

alors vous pourrez rester. »

 

               ***

Le matin, Taptouk a fait sa promenade.

Il a cogné un corps à terre.

Et il a dit à sa femme : 

 

« ….

N’est-ce pas là le corps de notre bon Yunus? »

 

               ***

 

Alors Yunus a repris son balais,

et il a vécu là jusqu’au terme de sa vie.

Et pas un seul jour il n’a oublié de chanter.

 

Et quand son âme est partie avec le vent,

tous ses chants sont partis aussi,

dans toutes les régions de l’Anatolie,

et dans le monde entier.

 

              ***

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