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- Que deviennent les blessures ? - Un conte satanique qui m'a fait sortir de mes gonds -

Publié le par kasimir, dit pinson déplumé

 

 

Je connais certains contes très durs que j'hésite à publier.

Je pourrais cependant le faire

car ils représentent une fenêtre, cruelle mais véridique,

sur l'âme humaine, ses ressorts,

et tous débouchent sur l'espoir, sur la vie.

 

Or je viens de lire un conte, ou qui se prétend tel,

et qui échappe à cette règle que je croyais intangible. 

 

Je l'ai trouvé sur le blog de Gazou (lien ***) et il m'a horrifié. 

 

Gazou émet un doute sur le bien fondé de l'attitude du père. 

 

Curieusement des commentaires sur son blog vont dans le sens du conte :

ils semblent "comprendre" l'attitude de ce père, et même la justifier.

 

Cela m'a profondément choqué. 

Je trouve qu'il s'agit là d'un problème fondamental. 

 

Du tort nous a été causé dans le passé,

particulièrement dans notre enfance. 

 

Nous mêmes avons commis tel ou tel acte

qui a provoqué une injuste souffrance

et que nous regrettons. 

 

Je vais replacer ici  un autre conte,

tiré lui d'un livre qui a 2000 ans d'âge.

 

Je l'avais mis en janvier sur mon blog.

Lien ***

Il sonne tout autrement,

c'est l'antithèse de celui-ci :

 

 

Ce conte,

que l'on désigne comme une "parabole"

se trouve dans l'évangile de LUC,

chapitre 15, versets 11 à 32.

 

 

  

 

Un homme avait deux fils.

 

Le plus jeune dit à son père :

 

"Donne-moi la part du bien qui me revient."

 

Le père leur partagea son bien.

 

Peu de temps après, ce plus jeune fils ayant tout amassé,

s'en alla dans un pays éloigné,

et il y dissipa son bien en vivant dans la débauche.

 

Après qu'il eut tout dépensé, une grande famine survint en ce pays-là.

 

Il commença à être dans l'indigence.

 

Alors il se mit au service d'un des habitants de ce pays,

qui l'envoya dans ses possessions pour paître les pourceaux.

 

Et il eût bien voulu se rassasier des caroubes que les pourceaux mangeaient

mais personne ne lui en donnait.

 

Étant donc rentré en lui-même, il se dit :

 

Combien y a-t-il de gens aux gages de mon père,

qui ont du pain en abondance

et moi je meurs de faim !

 

Je me lèverai, et m'en irai vers mon père, et je lui dirai :

 

Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi,

et je ne suis plus digne d'être appelé ton fils ;

 

traite-moi comme l'un de tes domestiques.

 

 

 

evangile-fils-perdu.jpg

 

 

 

 

Il partit donc, et vint vers son père.

 

Comme il était encore loin, son père le vit,

et fut touché de compassion ;

et courant à lui, il se jeta à son cou et l'embrassa.

 

Son fils lui dit :

"Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi,

je ne suis plus digne d'être appelé ton fils".

 

Mais le père dit à ses serviteurs :

 

"Apportez la plus belle robe et l'en revêtez ;

et mettez-lui un anneau au doigt et des souliers aux pieds ;

amenez un veau gras et tuez-le ;

 

mangeons et réjouissons-nous ;

 

parce que mon fils que voici était mort,

et il est revenu à la vie ;

il était perdu,

mais il est retrouvé.

 

 

 

Je sais que plusieurs parmi vous ont contracté une violente intolérance

à tout ce qui se qui se présente comme lié à la religion.

 

Oh que je comprends cette prévention !

 

J'ai mis 40 années à me dégager totalement

du carcan mensonger de la religion catholique,

de son dogmatisme studipe et meurtrier.

 

Mais voyez-vous, les textes évangéliques.... c'est autre chose,

ils nous offrent des trésors qui, justement, nous libèrent de cette religion.

 

De cette religion qui tire sa substance même de cette notion de "péché".

 

Relisez cette parabole ,

 

qui est un conte véritable, et admirable.

 

Que dit là le père ?

 

Réjouissons-nous !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

 

Se plaint-il que des trous sont restés dans sa table ?

 

Remarquez encore ceci :

 

il ne pardonne pas à son fils !

il n'a rien à lui pardonner : il l'accueille seulement

et crie : réjouissons-nous !

 

Où sont les blessures,les cicatrices ?

Il n'y en a plus.

On en parle même pas.

 

Parle -t-il de péché ?

 

Non, non et non !!!!!!

 

Cet homme , lui, vit dans le présent.

 

Et le présent c'est l'amour.

 

L'amour et la joie, et rien d'autre.

 

C'est cela un conte ouvert vers la vie.

 

J'ai eu bien trop de mal à m'extirper des barbelés de la religion,

qui voulait m'enfermer dans la culpabilité

en me menaçant de l'enfer

pour expier, disait-elle, mes "péchés mortels"....

 

Il m'est devenu impossible de supporter un telle attitude.

 

Cette attitude est une perversion satanique.

 

Or c'est ce dont est porteur ce conte que nous donne Gazou.

 

Il veut nous remettre dans cette monstruosité  du "péché mortel" !

Ces actes qui ne pourraient jamais être "pardonnés".

 

Alors, mes amis, nous serions tous damnés,

dépouillés de tout espoir.

 

Loin de nous cette pensée perverse et mortifère.

 

 

La vie ne peut s'épanouir qu'au soleil de l'amour.

 

 

J'ai choisi.

 

 

Je ne reviendrai pas sur ce choix.

 

 

 

 

Publié dans conte

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- La neige en France - 2 - Le petit chemin -

Publié le par kasimir, dit pinson déplumé

   

 

 

Ce matin là, où la neige avait transfiguré tout le paysage,

 

je me suis décidé à faire une promenade avant même de déjeuner.

 

Je la refais avec vous tous, et avec vous deux, Fred et Luz.

 

 

Vous venez ?

 

 

 

                 DSCF2696.JPG

 

 

 

 Le paysage n'est pas spectaculaire.

 

A droite un ancien champ de maïs.

 

Personne n'a encore mis les pieds sur cette petite route.  

 

 

 

 

                           DSCF2697.JPG

 

 

 

 

Les bois qui bordent les champs sont parfois un peu... fouillis.

 

Le lierre et le gui y maintiennent un peu de vert.                 

 

 

  

 

 

                                    DSCF2699

 

 

On entre là dans le domaine des chevreuils. 

 

Ouvrons l'oeil et ne faisons pas de bruit. 

 

Pas difficile ce matin : nous marchons sur une moquette de neige. 

 

Elle crisse un peu sous nos pas

 

mais sans rompre le silence, qui semble presque absolu.

 

 

 

 

                        DSCF2700.JPG

 

 

 

Champs et petits bois s'imbriquent les uns dans les autres.

 

Comme dans une sorte de damier.

 

Les animaux ont partout des refuges.

 

 

 

                           DSCF2701.JPG

   

 

 

J'espère que vous êtes bien chaussés.

 

Que vos petits pieds sont bien au chaud.

 

 

 

                                      DSCF2703.JPG 

 

 

 

Sinon marcher dans la neige n'a rien d'agréable. 

 

 

 

                                   DSCF2704.JPG

  

 

 

 

Voici : notre balade se termine déjà.

 

Aucun animal ne s'est montré.

 

Et c'est vrai, ma région n'a rien de spectaculaire.

 

 

Par contre le bois ne manque pas pour s'allumer du feu.

 

Allons déjeuner près de la cheminée.

 

 

 

 

 

 

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- La neige en France ... quelques images pour toi Fred -

Publié le par kasimir, dit pinson déplumé

                                      

 

Ces photos sont pour toi, Fred, qui est loin.

Loin de la France.

La neige te manque.

 

 

Ces photos datent d'un bon nombre de jours.

Je ne voulais plus les mettre car elles ne sont plus d'actualité.

La neige, ici, est maintenant partie.

Il fait froid simplement, et il pleut, le ciel est gris.

Rien de très folichon.

 

Nous allons donc revenir en arrière de pas mal de jours.

 

Ce matin là, une petite couche de flocons avait transformé les lieux.

 

 

 

                                   DSCF2692.JPG

 

 

 

L'effet est, comme chaque fois, saisissant.

La lumière est  transformée.

On a l'impression d'entrer dans un autre monde.

Un palais de glace.

Chaque branche s'est muée en arborescence de corail.

 

 

 

                                   DSCF2691.JPG

 

 

 

La petite mare est devenue un bloc  de glace

et les brebis l'ont évidemment traversée.

 

 

 

                                   DSCF2690.JPG

 

 

 

Allons vers l'étang.

 

 

 

                                   DSCF2688.JPG

 

 

Oui....

là c'est le fouillis !

Les typhas ont envahi les petits bassins où poussaient les véroniques beccabongues.

Un saule pleureur est tombé, rongé par les pics verts.

Il va y avoir du travail au printemps !!!!

 

 

 

                                   DSCF2694.JPG

 

 

 

L'étang, lui, est tout gelé.

Mieux vaut quand même ne pas s'aventurer dessus.

La couche de glace n'est peut-être pas assez épaisse.

 

 

 

 

                                   DSCF2693.JPG 

 

 

 

 

Cette petite balade suffira pour l'instant.

Allons plutôt nous réchauffer vers la cheminée.

 

 

 

 

 

 

                                   DSCF2686.JPG

 

 

 

 

Si tu veux, nous irons tout à l'heure

nous promener sur le petit chemin. 

 

 

 

 

 

 

                                                           oiseaux-2-desert-4.jpg

 

 

 

 

 

 

 

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- Histoire horrible N° 9 - Consultation voyance - Bravo Sittelle ! -

Publié le par kasimir, dit pinson déplumé

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

Consultation voyance

 

 

 

Une dame va consulter une voyante.

 

Celle-ci après s'être longuement concentrée

sur sa boule de cristal, relève la tête, bouleversée...

 

- Madame, j'hésite à vous le dire...

 

votre mari court un grave danger... 

 

de mort...

 

je crains même que...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

voyante.jpg

 

 

  

  

 

La dame se penche  

  

et demande à la voyante : 

 

 

- Est-ce que vous voyez si je serai acquittée ?...

 

 

 

 

 

 

 

***********************

 

 

 

 

 

 

 

Ah ça a été plus fort que moi !

 

Je n'ai pas pu m'empêcher de vous mettre un second article

 

pour vous signaler cette excellente page sur le blog de Sittelle.    (LIEN***)

 

Comme d'habitude il est d'une grande richesse

 

mais là, vous allez franchement rire !

 

Sittelle nous donne une série de gags irrésistibles.

 

Or comme elle le rappelle à juste titre :

 

 

 

 

Qui rit guérit 

 

Même sans manger de Kiri)

 

Gaieté et sobriété tiennent l'homme en santé.

 

                               

 

 

 

Faites lui un petit coucou pour lui signaler votre passage : elle adore ça !

 

Bon dimanche à tous.

 

 

 

 

 

 

 

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- Un conte Chinois : Maïlane et le sculpteur de jade ***-

Publié le par kasimir, dit pinson déplumé



               
Maïlane et le sculpteur de Jade


 

Ce conte nous introduit dans une vision du monde différente

de celle du conte  traditionnel en Europe, 

lequel se termine assez souvent par une formule du genre :  

« Ils furent heureux et vécurent très longtemps ».
 

Le conte est un peu long, je m'en excuse.

J'avais déjà publié ce conte le 24 08 2009

et j'avais eu d'intéressants commentaires

de Pascale, Aln et Sitelle.

Pour les curieux uniquement ,je les replace à la fin de cet article.

 Je ne crois pas qu'il convienne pour de jeunes enfants.

                     
 

                                                    



 

Un haut magistrat chinois avait une fille unique qui s’appelait 

                                               Maïlane. 

Comme il était très riche et vivait dans une grande maison,

de nombreux parents vivaient chez lui.

Beaucoup étaient instruits : des lettrés.

D’autres non : ceux-là jouaient le rôle de serviteurs.

Un jour est venu un garçon, qui s’appelait     
                                            
                                              Tchang-Po.
 

Il venait de la campagne, c’était un cousin de Maïlane.

 


On s’était demandé ce qu'on allait faire de lui,

car il n’était pas instruit.

 
On le fit travailler au jardin.
Et là, il fut heureux.

Depuis que le ciel et la terre marchent ensemble,

les hommes libres ont toujours aimé jardiner. 

 



Souvent sa cousine Maïlane venait le voir travailler.

 

Et ils restaient longtemps ensemble.

 
Ils étaient très jeunes.
Des enfants quoi.

 

 

 

 

                              fille-mailane.jpg

 

 

 


  

Mais...

il manquait quelque chose à Tchang-Po.


Un jour...

il a trouvé un petit bout de jade.

 

Il l’a sculpté.

 

Et il en a fait un très bel objet :
un chat endormi.

 

Alors il a regardé les objets de jade dans les magasins de la ville,

et il a vu un artisan.

Il est allé chez lui.

Bientôt il a passé la moitié de son temps dans le jardin,

et l’autre moitié dans la boutique de l’artisan.

 

Et il s’est mis à ciseler comme personne

cette pierre venue peut-être du ciel tant elle est belle et parfaite.

 

Il est devenu un artiste véritable.

 

 


                                                   

 

 



Un jour...

le père de Maïlane a voulu faire un cadeau à l’impératrice.

 

Il possédait un gros bloc de jade.

Il est allé à l’atelier de Tchang-Po

et lui a demandé de faire dans ce bloc

une statue de la déesse de la miséricorde. 

 

 

Tchang-Po l’a fait. 


Elle était d’une beauté indicible, 

d’une finesse qui dépassait tout ce qu’on avait fait jusque là.
Même les boucles d’oreilles étaient parfaites, et tournaient autour de l’oreille.
 

Mais quand le père l’a vue,

il est resté interdit ....
 

La déesse ressemblait à Maïlane !

 

 

 

 

                                                    


C’est alors qu’il a réalisé que Tchang Po

était beaucoup trop attaché à Maïlane,

et Maïlane à Tchang Po. 

Il dit à Maïlane qu’il n’était pas question qu’elle puisse aimer son cousin,

qu’il fallait qu’elle cesse de le voir,

et qu’elle devait se marier avec un homme riche et haut placé,

le fils d’un autre haut magistrat de la ville.

 

Maïlane a refusé tous les partis,

et elle a continué à voir, de temps en temps, Tchang Po.


Elle s’étonnait du calme qu’il gardait.


Il lui disait :

« Comme le ciel est fait pour la terre,

et la terre pour le soleil,

tu es faite pour moi, et moi pour toi.
Personne n’y peut rien.
Je ne sais qu’une seule chose,

c’est que je suis bien quand tu es près de moi ».

Mais pourtant, ils ne pouvaient plus se voir comme avant.

 

 

 

 

Tchang Po continuait à sculpter le jade, de mieux en mieux,

et ses œuvres ont été connues dans toute la Chine.


On ne disait plus  « Un jade »,
on disait  « Un Tchang Po ».

Pourtant le bonheur n’était plus dans le cœur de Tchang Po,

 

 

ni dans celui de Maïlane.

Ils ont décidé de fuir.

                                                
                                                 

 

 

Un soir ils sont partis.

 
Malheureusement un vieux serviteur les a vus

quand ils traversaient le jardin.

Il a compris et a voulu empêcher Maïlane de partir, car il l’aimait.

  

Il voulait aussi lui éviter de créer le scandale :

la fille d’un haut magistrat

qui fuit avec un homme qui n’est qu’un artisan

est une fille perdue !

 

Il a essayé de retenir Maïlane.
Tchang Po l’a repoussé.
Le vieux serviteur a fait une mauvaise chute,

sa tête a heurté une pierre, et il est mort.


Tchang Po et Maïlane ont compris que cette fois

ils étaient vraiment perdus.
Ce n’était plus seulement une fuite,

ils venaient de tuer un homme. 

 

 

Alors ils sont partis, loin, très loin.

 

 

                                                

 

 

 

Ils ont traversé toute la Chine.
Ils sont arrivés dans le sud du pays,

là ou l’on extrait le jade de la montagne.

Sans le savoir, ils avaient suivi la route du jade :  

 

ils étaient arrivés à sa source.

 

                                                  
Maïlane a dit à Tchang-Po : 

 

« Il ne faut pas que tu fasses à nouveau des œuvres en jade,

ou alors seulement de tous petits objets,

des pendentifs, de la petite bijouterie ».

 

Ce qu’il a fait, mais à contre cœur.


Ils ont pu vivre, avec peu.

 

Et toujours Maïlane lui disait : 
« Arrête ! Arrête ! C’est assez beau ! ».

Car elle avait peur qu’on le reconnaisse.

 

Mais parfois, en cachette, il faisait une pièce.
Et il la cachait.  
                                
C’est ainsi qu’il a fait un singe qui volait des pêches,

 

un chien qui dormait avec un œil ouvert et un œil fermé, 

 

un tigre saisissant une biche dans ses crocs, lui serrant la gorge.

 

Et il gardait ces objets , bien cachés.

 

 

                                                                

 

 

Un jour il s’est dit qu’il aimerait bien s’acheter un atelier.  


« Sois prudent ! » lui dit Maïlane. 

Mais quelque temps après, un homme est venu,

qui lui demanda s’il n’avait pas un objet à lui vendre.

  

  

Il lui montra le singe.


L’homme était prêt à acheter cet objet un tel prix

que cela aurait permi à Tchang Po d’acheter un atelier.

Il le lui vendit.
L’acheteur fut ravi.

Mais cet objet était tellement extraordinaire

qu’il fut montré partout, partout on en parla.

 


La nouvelle de cette œuvre,

qui fut reconnue comme étant un Tchang Po,

fit son chemin jusqu’au père de Maïlane. 

 

Il envoya un officier qui vint enquêter dans le village où Tchang Po était installé. 
Mais Tchang Po en fut averti à temps :

ils décidèrent de fuir au plus vite. 

 

 

Maïlane attendait un bébé et le voyage ne fut pas facile,

mais il fallait partir. 

 

Ils partirent en pirogue,

descendirent un fleuve très dangereux.

 

 

 

 

 

montagne-jade.jpg

 

 

 

 

 

Et c’est dans un tout petit village que Maïlane accoucha d’un bébé très fragile.

Ils se fixèrent là,

et pour vivre, il décidèrent que Tchang Po, cette fois,

ne toucherait plus au jade, mais ferait de la poterie. 


                                                  

 

 

                                                  

 

 

 

 

                                         

Mais Tchang Po fut très malheureux.


Il ne pouvait pas se passer de la présence de Meïlane,

mais il ne pouvait pas non plus se passer de travailler le jade.

Ses mains souffraient de devoir ne travailler que de la boue

et d’être privé du contact de cette matière divine,

qui diffuse la lumière comme une chair vivante. 

Maïlane, elle, lui disait :


« Maintenant tu as un enfant,

tu ne peux quand même pas aimer le jade plus que nous ».


Mais travaillant sans goût à la poterie,

il gagnait difficilement la vie de sa famille.


Parfois même il avait une crise de colère, de désespoir, 

où il brisait et piétinait des  pièces qu’il avait faites.

 

 

C’est alors qu’un marchand passa

et lui  proposa de lui acheter une belle pièce

s’il en avait une à vendre. 

 

Quelle tentation !

Il lui  vendit le chien qui dort en n’ouvrant qu’un œil. 
Le marchand  partit avec son trésor.

 

Mais encore une fois,

cet objet  fit son chemin en suivant la route du jade.
Et cette fois Tchang Po ne fut pas prévenu à temps. 


Un commissaire se présenta dans l’atelier de l’artiste,

s’assura de son identité,

et  déclara à Maïlane et à Tchang Po

qu’ils devaient le suivre, qu’ils étaient arrêtés.


Alors Maïlane dit qu’ils allaient le suivre,

mais qu’il leur fallait un peu de temps pour préparer leurs paquets. 

Pour obliger le policier à leur accorder ce délai,

elle mit dans ses bras le bébé !


Et elle dit à son mari de partir.


Il partit.


Pour lui donner le temps de s’éloigner,

elle fit durer la préparation des paquets,

et le temps fut si long qu’à la fin le policier exigea que l’on parte.


Mais Tchang Po n’était plus là.

On le chercha partout. 

En vain : il était déjà loin.



                                                  

 

 

Ils  emmenèrent Maïlane et l’enfant.

Quand elle fut arrivée, sa mère était morte.

Son père ne lui a ni souri ni parlé.

Et il n’a pas regardé son enfant.

Elle a vécu là, sous surveillance,

  

et dans la plus grande tristesse.


Le temps a passé. 

   

 

                                                                 
                                                  

 

  

   

Un jour, un collègue du père de Maïlane, un haut fonctionnaire,

est venu en visite. 

Il a dit qu’il se rendait à la capitale

et qu’il allait faire un magnifique cadeau à l’impératrice :

une déesse de jade blanc, et il a dit : 

 


« Cet objet est la réplique exacte

de la déesse de la miséricorde que vous lui avez vous-même offerte ». 

 

Le père de Maïlane ne voulait pas le croire.

 


Alors le visiteur a montré l’objet. 

Et en effet c’était bien la réplique exacte de la première pièce offerte,

avec, peut-être, une expression plus tragique.

 

On a demandé au visiteur comment il avait eu cet objet.


Il a dit :


« C’est tout à fait par hasard.


Ma femme avait un bracelet de jade de grande valeur,

et il a été cassé.

Je n’ai trouvé personne qui puisse le réparer.

J’ai fait une annonce dans toutes les maisons de thé, les commerces.

 

Un jour un homme s’est présenté.
Un homme étrange, qui paraissait traqué, effrayé.
 

J’ai eu beaucoup de difficultés pour lui faire comprendre

que je ne lui voulais aucun mal,

et il a parfaitement réparé le bracelet. 

 

  

Si bien que je lui ai montré un morceau de jade blanc

que j’avais depuis longtemps,

sans avoir osé le faire travailler jusque là. 

Quand il a vu ce morceau de jade, il a été terrifié. 

Puis il l’a caressé. 

Très longtemps. 
Il était perdu dans ses pensées. 

 

Je lui ai dit : « Il ne vous plaît pas ? ». 

 

Il m’a répondu : 

 

« Ce n’est pas cela. 
Mais je n’ai jamais vu un si beau morceau de jade ! ».

 

 

Je lui ai demandé : 

 

«  Voulez-vous me faire dedans une pièce ? 


– Oui, mais à une condition :

je ferai la pièce que je voudrai, 
et il ne faudra pas me payer ».

 

Il s’est enfermé dans un atelier que je lui ai prêté.
Il a travaillé plus de trois semaines.
Il mangeait à peine, dormait à peine, ne parlait pas.
Personne ne pouvait voir son travail.

 

Un jour il est venu.

Il a dit : « C’est fait ».

 

L’objet était … celui là.

  

Il a dit : 
 
« Je vous remercie :
cet objet résume ma vie ».

J’étais perdu dans la contemplation.
Puis je me suis retourné.
 
Il était parti.
 
Je l’ai fait chercher dans ma maison,
dans la ville,
dans les environs.
J’ai mis des annonces,
des promesses,
fait des enquêtes,
mais je ne l’ai jamais retrouvé ».



                                                      


 

Au moment où le visiteur terminait cette phrase,

on a entendu un cri d’horreur derrière le paravent.


Le père a écarté le paravent,

et derrière le paravent était sa fille,  Maïlane,

et tout le monde a vu que Maïlane et la statue

était une seule et même personne.
                       

La statue avait la même expression tragique

qu’avait le visage de Maïlane à cet instant même.

 

                        

Elle s’est avancée,

a pris la statue,

l’a serrée contre sa poitrine, en silence.


C’était comme si elle tenait Tchang Po lui-même.


Comme s’il lui avait envoyé un message,

un message qui lui était enfin parvenu.

 

 

 


                                                        

 

 

 

 

Alors le père de Maïlane a été frappé par le chagrin de sa fille.

Il a fait faire des recherches dans toute l’étendue de la province du visiteur,

mais jamais on n’a pu retrouver Tchang Po. 

 

 
                                                    

                                                        

 

 

Le temps a repris son écoulement.
L’enfant de Maïlane est mort lors d’une épidémie.
Il avait toujours été fragile.

Alors Maïlane s’est fait couper les cheveux,

et elle est entrée dans un monastère. 

Elle non plus, jamais personne ne l’a revue.

 

                                   

                                                           

 

 

 



 

  Pardon à ceux que j'ai peut-être fait pleurer.

 

 

 
 

 

 

Commentaires (du mois d'août 2009)


Je reçois de Pascale ce commentaire,
mais qui, pour une raison inconnue, n'est pas arrivé dans cet espace.
Je l'y place car il a trait directement à cette page.

Le conte de Maïlane et de Tchang Po
Pascale
Bonjour,
Comme tu le demandes dans ton préambule au conte, voici ma contribution...
et voici donc les quelques petites fautes que j'ai relevées après relecture.
Ci-dessous la version corrigée de ces passages.

- D’autres non : ceux-là jouaient le rôle...

- et il a vu un artisan. Il est allé chez lui.

- Il est allé à l’atelier de Tchang-Po...

- Il dit à Maïlane qu’il n’était pas question...

- « Sois prudent ! » lui dit Maïlane.

- L’enfant de Maïlane est mort...

Voilà c'est tout !
Avec toutes mes amicales pensées,
Pascale

Un grand merci à Pascale !
Elle va recevoir un premier prix de "correctrice".
Car c'est bien un métier, n'est-ce pas Sittelle ?
Or Pascale m'a signalé plusieurs fautes, une non concordance de temps ("il dit", et non pas "il a dit")mais surtout celle-ci, très importante, que je fais souvent : j'avais écrit deux fois : "il a été" (chez lui - à l'atelier de Tchang-Po) alors que l'expression correcte est "il est allé".
Quel plaisir d'être enseigné par une maîtresse à qui l'on peut faire un bise ! 
Rien que pour ça, je crois que je vais faire encore quelques fautes, exprès !


 

Les enfants préfèrent qu'on leur lise ces contes plutôt que de les lire eux-memes ou qu'on leur raconte.Ils se sentent plus en sécurité, Mais ils adorent se faire peur entre eux.

Commentaire posté par Allier-née le 25/08/2009 à 20h59

 

Trois remarques intéressantes !
1-Les enfants préfèrent qu'on leur lise ces contes
Ils retrouvent ainsi la nature originelle du conte, qui est d'être une transmission orale : transmission de ce qui, sortant d'une bouche, vient à l'oreille.
Sans intermédiaire sophistiqué. C'est de toi à moi !
2-Ils se sentent plus en sécurité
la présence physique de celui qui parle permet à l'enfant d'explorer les choses les plus horribles sans danger, et d'enrichir ainsi son intelligence.
3-ils adorent se faire peur entre eux.
ça, il faudra se demander pourquoi... vous avez une idée ?

 

 

 

Magnifique conte......Je pense que des enfants occidentaux de 9-10ans peuvent le lire.Entre eux , ils se racontent des histoires bien plus horribles...et puis les contes ne sont pas pour les enfants.....à l'origine..
Barbe bleue est nettement plus horrible que ce conte ......Le petit Poucet aussi...Et le Chaperon rouge...... immoral......Et pourtant les gosses adorent.
superbes illustrations, Mister Kasimir.Bonne soirée 

Commentaire posté par Allier-née le 25/08/2009 à 19h40

 
 
Entre eux , les enfant se racontent des histoires bien plus horribles...
Tu as sans doute raison : c'est peut-être surtout nous, les adultes, qui sommes choqués, comme si nous nous sentions incapables de réécrire l'histoire d'une autre façon.
Si l'enfant le lit en même temps que ses parents, il peut se rassurer : mon papa ne ferait pas ça !
A chaque parent de voir !
J'ai aussi des contes esquimaux très cruels. Je les aime beaucoup, mais certains donnent froid dans le dos.
Un jour peut-être j'oserai....

 



Je trouve que ce conte est magnifique. Il a l'intérêt de "parler" de la vie, sans l'embellir, et on peut penser qu'un conte c'est aussi ça et pas seulement ne montrer que les beaux côtés de la vie..... Je suis d'accord pour dire qu'il vaut mieux éviter de le faire lire à des enfants, du moins occidentaux (en orient je ne sais pas ?)
Pascale



Les contes, à la différence des fables, n'énoncent pas une morale.  
Ce conte là ne fait que décrire une relation père-fille... possible.
Celui qui écoute un tel conte en tire les conclusions qu'il veut.
C'est peut-être la meilleure façon de nous faire changer : nous montrer où peut conduire tel ou tel comportement. Pas besoin de "dire une morale". L'horreur du résultat, si on en prend conscience, suffit à provoquer un changement radical.
C'est d'ailleurs la phrase clé du conte : celle où il est dit que le père, voyant le profond chagrin de sa fille, réalise enfin que...
Picasso n'agit pas autrement que ce conteur quand il peint Guernica : il se contente de nous montrer l'horreur d'un massacre.

 

 

Trop triste... c'est tout le poids de la société qui décide de nos vies; c'est encore vrai. Il faut du courage pour se démarquer et des moyens extra-ordinaires pour persévérer. C'est bien amer pour démarrer la journée... tu nous renvoies à nos failles, Kasimir !

(comm de Sittelle)

 


Pardon  princesse du Nord !
J'ai hésité à vous mettre ce conte, qui est d'une profonde tristesse en effet.
Mais réaliste en même temps.
Une lueur d'espoir : le père de Maïlane comprend enfin combien sa "volonté" d'être le maître de la vie de sa fille était mauvaise : il change enfin.

 


                                          

Trop tard c'est vrai.
On peut supposer que celui qui entend ce récit en sera peut-être touché, et changera à temps son propre comportement.
 

 

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- Conte chinois, inspiré d'une nouvelle de Marguerite Yourcenar : Comment Wang-Fô fut sauvé -

Publié le par kasimir, dit pinson déplumé

C'est un article déjà publié le 14 juillet 2009 que je place ici.

Je vous dirai pourquoi dans un instant

 



 

Comment Wang-Fô

et son disciple Ling

furent sauvés

____

                   

    

 

                                

Le vieux peintre Wang-Fô

et son disciple Ling

vagabondaient le long des routes du royaume des Han.



C'était, il y a bien longtemps, le nom que l'on donnait à la Chine :

le royaume des Han.

 

Personne mieux que Wang-Fô ne peignait les montagnes,

surtout les montagnes du brouillard,

les lacs avec des vols de libellules,

et les grandes houles du Pacifique vues des côtes.

On disait que ses images saintes exauçaient d'emblée les prières.


Quand il peignait un cheval,

il fallait toujours qu'il soit représenté attaché à un solide piquet,

ou tenu par la bride,

sans quoi le cheval s'échappait au grand galop du tableau

pour ne plus revenir.

Et si des voleurs voyaient un chien de garde peint par Wang-Fô,

ils n'osaient pas rentrer.




 

                       

  

Wang-Fô aurait dû être riche,

mais il aimait mieux donner que vendre.

Il distribuait ses peintures à ceux qui les appréciaient vraiment.
                       

Ou bien les troquait contre un bol de nourriture.

                       

Il ne chérissait que ses pinceaux,

ses rouleaux de soie ou de papier de riz,

et ses petits bâtons d'encre de diverses couleurs

qu'il frottait contre une pierre

pour en mélanger la poudre avec un peu d'eau.

 

                        

Ling, en échange de ses leçons,

lui donnait tous les soins qu'un disciple doit à son maître.

                        

Il mendiait du riz

quand Wang et lui étaient à cours de piécettes d'argent.

 

Et quand les gens étaient trop avares pour donner, il volait.

Le soir, il massait les pieds fatigués du vieux,

et, le matin, il se levait de très bonne heure

pour aller voir aux alentours

s'il n'y avait pas un paysage que le maître aimerait peindre.

 

Un soir, au soleil couchant,

ils sont arrivés dans les faubourgs de la capitale,

et Ling s'est mis à chercher pour Wang-Fô

une auberge pour passer la nuit.

  

Ling souffrait de la saleté de l'auberge.

Mais le vieux s'enchantait

des dessins que faisaient au plafond les traces de suie.


 

  

  

 

 

 

                         

À l'aube des pas lourds ont retenti dans les corridors,

et des commandements criés très fort.
                         

Ling a frémi.

Car il s'est rappelé que, la veille,

il avait volé un gâteau pour le repas du maître.
Il était sûr qu'on allait l'arrêter.

                          

Et déjà il s'inquiétait en se demandant qui, demain,

aiderait son vieux maître à passer le gué du prochain fleuve.



 

                          

Les soldats sont entrés avec des lanternes.
Ils rugissaient comme des bêtes fauves.
L'un d'eux a posé rudement sa main sur la nuque de Wang-Fô. 
Et Wang-Fô, en trébuchant, a dû les suivre.
Son disciple le soutenait.
Les passants, attroupés, se moquaient de ces voleurs,

qu'on menait sans doute pour les exécuter.

                       

Ils sont arrivés au palais impérial.
Ils ont traversé des pièces nombreuses. 
Le silence devenait si grand qu'on osait à peine respirer. 

Enfin un esclave a soulevé un rideau

et la petite troupe est entrée dans la salle où trônait le fils du ciel.

 

                            

Wang-Fô s'est prosterné devant lui, et a dit : 

« Dragon céleste, 
   je suis vieux, je suis pauvre, je suis faible. 
  Tu es comme l'été, je suis comme l'hiver. 
  Tu as dix mille vies. 
  Je n'en ai qu'une, et elle va finir. 
  Que t'ai-je fait ? 
  On a lié mes  mains, qui ne t'ont jamais nui
  ».

 

 

L'empereur a dit : 

« Tu me demandes ce que tu m'as fait, vieux Wang-Fô ? »

Sa voix était si douce qu'elle donnait envie de pleurer. 
Comme il avait levé la main droite,

Wang-Fô a été émerveillé par la longueur de ses doigts minces

et il a cherché dans ses souvenirs s'il n'avait pas fait,

de l'Empereur, un portrait médiocre qui méritait la mort. 

                            

Mais c'était peu probable,

car Wang-Fô  ne fréquentait pas la cour des empereurs,

il préférait les huttes des fermiers,

et les cavernes où se querellent les porte-faix.

 

« Tu me demandes ce que tu m'as fait, vieux Wang-Fô ? » 
a repris l'empereur. 
« Je vais te le dire. »

« Mon père avait rassemblé une collection de tes peintures,

au fond de son palais. Et c'est là que j'ai été élevé.

           

On ne me permettait pas de sortir,

de peur que la vue des malheureux

me trouble l'esprit ou m'agite le cœur.

            

La nuit, quand je ne parvenais pas à dormir,

je regardais tes peintures.

Et pendant dix ans, je les ai regardées toutes les nuits. 

             

Et le jour je me représentais le monde

en me servant de tes peintures.

            

À seize ans, j'ai vu s'ouvrir les portes qui me séparaient du monde. 
Je suis monté sur la terrasse du palais pour regarder les nuages,

mais ils étaient moins beaux que les tiens.


J'ai parcouru les provinces de l'Empire.
Je n'ai pas vu tes jardins pleins de femmes

et tes forêts pleines d'oiseaux.

 

Mais j'ai vu la boue des chemins,

les cailloux des plages,

la laideur des villages.
Tout m'a soulevé le cœur.



 

Tu m'as menti, Wang-Fô, vieil imposteur ! 

 
            

Le royaume des Han n'est pas le plus beau des royaumes,

et je ne suis pas le véritable Empereur. 
            

Le seul Empire sur lequel il vaille la peine de régner

est celui où tu pénètres, vieux Wang,

par le chemin des mille courbes et des dix mille couleurs.
           

Toi seul règnes en paix sur des plaines

couvertes d'une neige qui ne peut fondre

et sur des champs de fleurs qui ne peuvent pas mourir.

      

Et c'est pourquoi, Wang-Fô,

j'ai cherché quel supplice te serait réservé,

à toi dont les peintures m'ont dégoûté de ce que je possède,

et donné envie de ce que je ne possédais pas. 
           

Et pour t'enfermer dans le seul cachot dont tu ne puisses sortir,

j'ai décidé qu'on te brûlerait les yeux,

puisque tes yeux sont les deux portes magiques

qui t'ouvrent ton royaume.
           

Et puisque tes mains

sont les deux routes aux dix embranchements

qui mènent au cœur de ton Empire,

j'ai décidé qu'on te couperait les mains.
            

M'as-tu compris, vieux Wang-Fô ? »

 

           

En entendant cette sentence, le disciple Ling

a arraché de sa ceinture un couteau ébréché

et s'est précipité sur l'Empereur.

           

Deux gardes l'ont saisi.
Alors le fils du ciel a ajouté :

« Et je te hais aussi, vieux Wang-Fô,
parce que tu as su te faire aimer. 

Tuez ce gueux ! »
 

Ling a fait un bond en avant

pour éviter que son sang ne vienne tacher la robe du maître.
           

Un bourreau l'a décapité d'un coup de sabre.
           

Et Wang-Fô  était désespéré. 


Pourtant, il ne pouvait s'empêcher d'admirer

la belle tache écarlate que le sang de son disciple

faisait sur le pavement de pierre verte. 

 

 



            

 

Les gardes ont emporté les restes de Ling.

 

 

« Écoute, vieux Wang-Fô, dit l'Empereur, 
sèche tes larmes.
Ce n'est pas le moment de pleurer

            

Je possède dans ma collection de tes œuvres une peinture admirable

où les montagnes se reflètent dans l'estuaire d'un fleuve,

avec une intensité qui surpasse celle des objets eux-mêmes.
             

Mais cette peinture est inachevée.

             

Wang-Fô,

je veux que tu consacres

les dernières heures de lumière qui te restent

à terminer ton chef-d'œuvre.
             

Si tu refuses, avant ton supplice,

je ferai brûler devant toi toutes tes œuvres.

Et tu seras comme un père

qui voit mourir avant lui toute sa postérité. »

 

 

              

Sur un signe de l'Empereur,

deux esclaves  ont apporté respectueusement

la peinture inachevée où Wang-Fô avait tracé

l'image de la mer et du ciel. 
             

Wang-Fô a séché ses larmes.

Il a souri,

car cette petite esquisse lui rappelait sa jeunesse.

 

 

 

 

 

 

 

 

    

Il a choisi un des pinceaux que lui présentait un serviteur,

et s'est mis à étendre sur la mer inachevée de larges coulées bleues.
                

L'esclave, à ses pieds, broyait les couleurs.
Il s'acquittait assez mal de cette besogne, et, plus que jamais,

Wang-Fô regrettait son disciple Ling.

 

 

 

 

                

Wang Fô a teinté de rose le bout d'un nuage posé sur la montagne.
                

Puis il a ajouté à la surface de la mer de petites  rides,

qui ne faisaient que rendre plus profonde sa sérénité.
                

En même temps le pavement de jade devenait singulièrement humide. 
                 

Mais Wang-Fô était si absorbé dans sa peinture

qu'il ne le remarquait pas.

 

Il peignait maintenant un frêle canot sur la mer.
                

Quand le canot a été terminé,

Wang-Fô avait les pieds dans l'eau.

En quelques coups de pinceaux,

le canot a grossi

et il a occupé tout le premier plan du rouleau de soie.
               

Et soudain un bruit de rames s'est élevé dans la distance,

vif et cadencé, comme un battement d'ailes.
               

Ce bruit s'est rapproché,

a rempli toute la salle,

puis a cessé,

et des gouttes d'eau tremblaient,

suspendues aux avirons du batelier.

 

               

Mais dans la salle, l'eau avait monté.
Elle avait éteint le brasier

sur lequel le bourreau avait placé le fer rouge

destiné aux yeux de Wang-Fô.
               

À demi dans l'eau, les courtisans, paralysés par l'étiquette,

se soulevaient sur la pointe des pieds.

 

               

Et dans la barque, Wang-Fô a reconnu Ling !

               

C'était bien Ling, avec au cou une étrange écharpe rouge.
               

Tout en continuant à peindre, Wang-Fô  lui dit doucement :

« Je te croyais mort. »
              

Ling lui a répondu respectueusement :
              

« Vous vivant, Maître, comment aurais-je pu mourir ? » 

Et il a aidé son maître à monter dans la barque. 
Mais Wang-Fô a vu les têtes des courtisans et de l'Empereur

qui dépassaient à peine l'eau, on aurait cru des lotus. 

« Mais ces malheureux vont se noyer ! Que faire ? »
              

Ling a murmuré : 
              

« Ne crains rien, Maître,

ces gens là ne sont pas faits

pour se perdre à l'intérieur d'une peinture. »

 

Et il a ajouté :
             

« La mer est belle, partons, Maître,

pour le pays au-delà  des flots.
              

-   Oui, partons ! » a dit le Maître. 

               

Wang-Fô  a saisi le gouvernail,

Ling s'est penché sur les rames.
              

Le bruit des avirons a rempli à nouveau toute la salle,

ferme et régulier, comme le battement d'un cœur.
              

Le niveau de l'eau a diminué

au fur et à mesure que la barque s'éloignait.

Et le pavement de jade est réapparu.
              

L'Empereur s'est levé, et il est venu vers le tableau.
              

La barque était encore là, au premier plan, mais elle s'éloignait :

on ne distinguait déjà plus le visage des deux hommes assis dans le canot.

On apercevait seulement l'écharpe rouge de Ling,

et la barbe de  Wang-Fô  qui flottait au vent.
               

L'Empereur s'est penché en avant,

la main sur les yeux, pour mieux voir,

mais la barque de Wang-Fô n'était plus qu'un point, imperceptible,

et ce point s'est perdu dans une buée d'or qui se déployait sur la mer.

 

 

                

 

 

C'est ainsi que le peintre Wang-Fô

et son disciple Ling

disparurent à jamais sur une mer de jade bleue

que Wang-Fô venait d'inventer.

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

Voici pourquoi je publie à nouveau ce conte chinois.

 

Stéphanie, ma future éditrice (ça s'approche !!!)

 

m'a envoyé ce lien :

 

 

http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2012/02/14/comment-wang-fo-fut-sauve.html

 

Le court métrage d'animation que nous pouvons y voir est remarquable.

 

Cet envoi de Stéphanie était en référence

à un livre que notre amie PTITSA avait publié :

d' EST en OUEST,

où elle nous contait ce qui était arrivé à une certaine  Wang-Gû. 

 

 

http://www.lalutiniere.com/article-le-magazinzin-55065064.html

 

Wang-Gû, Wang-Fô....

 

similitude de noms,

une atmosphère assez voisine....

 

Si vous avez un peu de temps,

vous pourrez faire de belles découvertes !

 

 

Bonne journée : le dégel arrive !

 

 

 

 

 

Publié dans conte

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- L'hiver, la Loire et le pinson -

Publié le par kasimir, dit pinson déplumé

 

 

 

 

 

Plusieurs personnes ont fait l'hypothèse

que je risquais un coup de surchauffe,  

comme la centrale de Fukushima. 

 

Le risque est bien réel.

 

Pour pallier ce  danger,

 

je maintiens au niveau le plus bas possible la température de ma maison,

 

+ 5 dans ma cuisine.

Et je commence à m'y habituer : cuisine rapide, repas devant la cheminée,

puis la vaisselle qui me réchauffe  les mains.

 

Mais surtout j'ai décidé de sortir.

 

Sinon, je resterais bien près de mon feu en jouant de la flûte ou de l'harmonica.

 

Mais voilà, ces jours-ci,avant que la neige tombe,

le verglas s'était déjà amusé à tendre quelques pièges.... 

Etait-ce bien prudent d'aller sur les routes ?

 

 

 

 

                            DSCF1457

 

 

 

Tiens, celui-là a raté le pont ....

 

Et en venant voir de plus près....

 

il paraît difficile de se sortir de là tout seul.

 

Le chauffeur a dû aller chercher de l'aide.

 

 

 

 

                            DSCF1456.JPG

 

 

 

 

 

 

Un peu plus loin, sur la même route....

 

ha mais là, c'est de l'art !

 

Une sorte de figure acrobatique...

 

 

Un salto réglisse - menthe.

 

 

 

 

                            DSCF1455.JPG

 

 

 

 

Un salto ou un sale temps ...?

 

Sur la même petite route ,que j'emprunte pour aller "à la ville",

il y avait ce jour là une troisième voiture...

enfin, elle n'était plus sur la route,mais à 100 mètres ,

enfoncée dans la terre d'un champ labouré ...

 

Quand la neige est enfin arrivée, le vent s'est amusé à faire de mini congères...

 

chaque jour amène sa surprise : on ne s'ennuie pas !  

 

Mais j'entends une voix amicale me redire :

 

roule doucement ! 

 

pas plus de 140 dans les virages !

 

Même en ligne droite, mieux vaut se modérer.

 

 

 

 

 

 

 

                            Copie-de-DSCF1223.JPG

 

 

 

 

 

 

La vraie neige est enfin arrivée.

 

J'ai d'abord opté pour la marche à pied autour de chez moi .

 

Voulez- vous de ce genre d'images champêtres et sylvestres ?

 

Oh rien de spectaculaire ....

 

 

 

Mais hier, le soleil était trop câlin, je n'ai pu résister...

 

je suis parti au bord de la Loire.

 

 

Du temps de ma précédente voiture, une ZX,

que j'ai gardé 14 ans, et qui ne risquait vraiment plus rien du tout ,

j'allais pratiquement partout.

 

Mais je l'ai krashée sur un chevreuil.

 

Avec cette ZX, increvable,

j'avais découvert d'extraordinaires petits chemins le long de la Loire.

 

Avec la nouvelle, une twingo, j'étais devenu plus prudent.

 

Mais hier je me suis dit :

 

il serait temps que je la dévergonde !

 

Et j'ai eu envie de retrouver un de ces fameux petits chemins.

 

Celui que j'ai essayé de retrouver

conduit à une zone totalement inaccessible de la Loire.

 

La difficulté est qu'il faut s'engager sur des portions très étroites des digues,

avec creux et bosses, et surtout prendre deux virages en épingles à cheveux,

mais si serrés  qu'il faut faire quatre marches arrière

pour arriver à les prendre, aussi bien dans un sens que dans l'autre.

L'inconvénient :

ça fait 2 poussées d'adrénaline à l'aller, et 2 au retour.

 

Avantage : pas un fada ne s'aventure par là,

et une fois passé cet obstacle, je suis au bout du monde,

pas la moindre âme qui vive par là ,

aussi tranquille que Robinson Crusoé, ma grande idole !

 

 

Et la récompense , en ce moment agrémentée de glace,

c'est ça :  

 

 

 

 

 

 

       DSCF2711-copie-1.JPG

 

 

 

 

 

 

Une plage de sable ultrafin à gauche, 3 m de large hier

(ça dépend de la hauteur de la Loire : en été la plage est immense).

 

 

En face de nous une sorte d'éperon rocheux.

Un peu plus à droite et plus loin, un ilôt rocheux.

Spectacle peu habituel en Loire.

 

Entre  les deux, un très violent courant débouche.

 

C'est lui que je veux aller voir.

 

Je puis m'en approcher en escaladant l'éperon rocheux.  

 

 

 

 

 

 

 

                                 DSCF2707

 

 

 

 

 

 

 

Et là j'arrive enfin !

 

Magnifique....

 

C'est mon Zambèze, mon Orénoque, mon Iguaçu !!!

 

 

 

                                DSCF2706

 

 

 

Et ça fait un bruit incroyable,

composé de sons graves,

et d'une sorte de vibrato dans des tons très aigus.

En fait je ne sais pas décrire ce que j'entends,

mais ça me remue jusque dans les tripes.

Et dans le cerveau aussi.

 

Cela me fait penser à une photo que Sounick a mise sur son blog :     

 

 

 

 

http://souvenirsdesounick.over-blog.com/article-mes-jeux-99038719-comments.html#anchorComment

 

 

 

 

 

On la voit prendre en photo une énorme vague qui arrive vers elle.

Sans doute a-t-elle pris alors un risque réel.

Mais nous avons besoin aussi de ce type d'expérience.

 Pourquoi ?

Mais pour y puiser l'énergie nécessaire à la vie !

 

Ce spectacle de la force de la nature nous communique de la force.

C'est comme une transfusion.

 

Nous avons besoin d'aliments, pour les calories.

Mais nous avons besoin aussi de beauté,

et du spectacle de la force, pour être forts à notre tour.

 

Pour affronter des difficultés affectives

mais physiques aussi.

On ne guérit pas d'une grippe (etc) avec des médicaments

(même s'il en faut parfois un peu... pas trop !)

on guérit avec de la force psychique,

avec le soleil qu'on a fait entrer dans notre âme.

 

Chacun la trouve où il veut, où il peut.

Ce peut être en escaladant un volcan ...

à chacun son truc.

Moi en ce moment c'est la Loire.

 

 

Je me suis promené dans le coin....

 

 

 

 

 

                                DSCF2709

 

 

 

 

 

Il y avait des champignons de glace tout le long du rivage.

Mais pas facile d'aller très loin... sans se mettre à l'eau.

 

 

 

 

                                             DSCF2721

 

 

 

 

Alors je me suis reposé sur la plage de sable.

Non loin du grand remous.

 

Et soudain j'ai vu un crocodile !

 

 

 

 

                                      DSCF2713

 

 

 

 

 

Je me suis prudemment approché....

oh, de grandes dents !

 

 

 

 

                                      DSCF2717

 

 

Grrrr ....

 

Ah, il aurait sûrement apprécié que je fusse un adepte de la "macro"

ma photo est bien floue.

 

 

 

 

                      DSCF2716

 

 

Et les glaçons flottants me direz-vous, ils sont où ?

 

Je ne les ai vus que de loin.

J'étais sur la rive droite de la Loire

et en cet endroit ils avaient choisi de se regrouper le long de la rive gauche.

 

Pas de pont proche... ça sera pour une autre fois.

 

Je suis revenu vers ma cheminée

mais avec en moi  un peu de la force tranquille de la nature. 

 

     

                      

 

 

 

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- Veux-tu m'épouser ? - Un mini conte étrange -

Publié le par kasimir, dit pinson déplumé

 

 

 

 

Je viens de recevoir une étrange histoire.

 

Je vous la livre en la résumant un peu, comme à mon habitude.

 

 

 

 

 

 

Une fille aveugle se détestait à cause de son handicap.

 

Elle haïssait tout le monde

sauf un garçon qui était son ami.

 

Il était toujours là pour elle.

 

Un jour, elle lui dit :

 

« Si seulement je pouvais voir le monde,

je me marierais avec toi. »

 

 

Un jour,

quelqu'un lui a fait don de ses yeux;

 

Un donneur anonyme.

 

Quand les bandages ont été enlevés,

elle pouvait tout voir,

ainsi que son ami.

 

 

 

 

dessin-turner-like-port.jpg

 

 

 

Il lui dit :

 

« Maintenant que tu peux voir le monde,

veux-tu m'épouser ? »

 

La fille le regarda

et vit qu'il était aveugle.

 

La vue de ses paupières fermées la bouleversa.

Elle ne s'attendait pas à ça.

 

La pensée de le voir ainsi pour le reste de sa vie  

ne lui plut pas  

et elle refusa de l'épouser.

 

Son ami la quitta

en pleurs.

 

Quelques jours plus tard,

il lui fit parvenir un message qui disait :

 

« Prends bien soin de tes yeux, ma chérie,

car avant qu'ils deviennent les tiens,

ils étaient miens.»

 

 

 

 

 

*****

 

 

 

Une histoire impossible ?

Oui sans doute.

 

Mais pourtant, comme cette fille, n'avons nous pas tout reçu  ?

De nos parents d'abord.

De donneurs souvent anonymes ensuite.

 

Nos yeux, nos membres, nos intelligences.

 

On nous a donné le feu, la roue,

mais aussi le blé, le lait et le beurre.....

la liste est infinie.

 

On nous a tout appris,

à parler, à lire, à écrire, 

 à nous servir d'une bicyclette, d'une voiture, d'un ordinateur......

 

Bref  : notre corps, notre vie...

Tout nous a été donné.

 

Nous avons tout reçu.

 

Certes nous ne sommes pas parfaits.

 

Le monde ne l'est pas non plus.

 

Ne voulons-nous pas l'épouser ?

 

 

                                                                              *****

 

 

 

 

 

Publié dans conte

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