Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

- La Vie 2 - Vie et mort d'un vigneron -

Publié le par kasimir, dit pinson déplumé

VIE 2 

 

 

 

Nos vies sont multiformes.

Et notre façon de "vieillir" aussi, si nous en avons l'occasion.

 

Voici la vie d'un homme, que l'on m'a confiée...

 

que l'on m'a confiée, avec émotion,

de la même façon que l'on peut confier à quelqu'un

le trésor le plus précieux que l'on possède. 

 

 

 

…..

 

 

 

 

Cet homme était paysan.

Paysan dans l’âme, paysan dans le sang.

 

Il vivait au bout du monde,

enfin… à l’un des bouts du monde.

 

Il vivait en un lieu où la terre fait face à la mer.

 

Pas un lieu où la montagne se dresse comme un géant au dessus des flots

et donne l’impression de faire jeu égal avec eux.

à eux la furie,

à elle la dureté de la roche.

 

Le lieu où il vivait était aussi plat que la terre primitive.

Rien qu’une immense plage.

Une plage qui s’étendait jusqu’aux horizons.

 

Même si quelques montagnettes dressaient ici ou là leurs fiers escarpements.

Sans doute pour permettre des points de vue sur toute la région.

 

Et l’on pouvait se demander comment cette langue de terre sableuse

pouvait se maintenir contre la houle sans cesse renouvelée.

 

Laissons de côté cette énigme géologique.

 

 

 


Notre homme était donc paysan.

Mais que faire pousser en ce lieu si particulier ?

 

Ne cherchez pas, une seule plante pousse et même prospère ici :

la vigne.

 

Notre homme était donc vigneron.

Ses parents étaient vignerons

Il avait appris le métier de vigneron comme on apprend à marcher.

Aussi aimait-il ce métier comme on aime respirer.

 

Et respirer, ça, il pouvait.

 

La région était très peu peuplée, et sa maison,

où il vivait avec sa femme et son unique enfant, un garçon,

était pour ainsi dire comme perdue au milieu de nulle part.

 

D’un côté la mer, rejoignant l’infini.

De l’autre côté, un étang plus grand  que le plus grand des lacs.

De l’eau salée le remplissait.

Cet étang côtier était en fait  ue lagune.

Il grouillait de vie. Poissons, crustacés, oiseaux.

 

Plus loin encore, barrant l' horizon vers le nord,

une ligne de vraies montagnes, celles là, nimbées de violet.

 

 

 

 

                    sete--etang.jpg 

 

 

 

 

 

 

 

Notre homme était donc vigneron.

 

Mais même si la vigne était sa vie,

(Il la bichonnait toute l’année,

et la vendange était un énorme travail )

il faisait d’autres choses.

 

Il cultivait des asperges.

 

Il travaillait aussi à la  récolte du  sel,

en créant des pièges où le flot amer était retenu,

pour le livrer à l’ardeur du soleil.

 

Enfin il avait un grand jardin où légumes et fleurs prospéraient

dans un joyeux  méli mélo digne du jardin d’Eden.

 

Toute sa vie, cet homme s’est donc occupé de sa terre,

aussi précieuse et aussi féconde que le ventre d’une femme.

 

Il est difficile de réaliser la symbiose qui se crée entre un tel homme

et la terre qu’il a véritablement épousée.

 

Son fils s’est marié, s’est installé dans la région, a eu deux filles.

 

Ces deux petites filles adorèrent leur grand père.

A chacune de leurs vacances, elles venaient chez lui.

Sa maison était le plus beau château du monde

et il se cachait au milieu du paradis !

 

Deux anges descendus du ciel n’auraient pas autant rempli de joie cet homme

que la venue de ces deux petites filles.

 

 

 

 

 

Las…..

 

Tout cela s’est brisé le jour fatal que voici.

 

Le propriétaire du terrain…

 

Je dis le propriétaire…mais non…..

il faut dire la compagnie  propriétaire de tout l’espace....

 

a appliqué seulement la loi :

Cet homme avait atteint l’âge de la retraite, c’est tout.

Un salarié qui arrive à l’âge de la retraite n’a aucun choix.

Il doit quitter les lieux.

 

On a transporté cet homme dans la ville voisine,

en le relogeant dans un minuscule appartement,

si petit qu’il ne put y faire entrer le plus petit de ses vieux meubles,

burinés par les ans et l’usage.

 

Rien d’inhumain en apparence.

Rien d'illégal.

 

Sauf que cet homme ne reconnaissait plus rien,

plus rien en cette ville où il avait été déporté.

 

Son monde à lui, il l'avait perdu,

perdu à jamais.

 

Des rues,

des escaliers,

des murs de béton….

du monde,

beaucoup de monde,

beaucoup de bruits….

 

Où donc était l’oiseau de proie,

appelant sa compagne dans les hauteurs du ciel ?

 

Où étaient donc passées ses gentilles poules, si familières,

qui avaient la prévenance de pousser la chansonnette

pour lui annoncer l'oeuf frais déposé dans la paille de leur nid ?

 

Et où les lapins

qu’il nourrissait des herbes arrachées dans son grand jardin ?

 

Cette fois c’est lui qui était en cage.

 

Dans un brouhaha incompréhensible.

 

Au milieu de gens agités.

 

Lui qui était comme un oiseau sauvage,

il avait l’impression qu’on lui avait coupé ses deux ailes,

et qu’on l’avait jeté dans une cage.

Une véritable prison.

 

Il étouffait,

était comme perdu.

 

 

L’une de ses petites filles m’a écrit ces mots

et je vais en reprendre quelques uns :

 

 

Il avait l'habitude de regarder le soleil se coucher sur l'étang.

Il s’essuyait alors le front du revers de sa main,

et on pouvait lire une immense fatigue sur son visage.

 

Le soir, il s'allongeait dans son jardin

pour délasser son dos douloureux

et contempler les étoiles,

lisant dans les nuages le temps qu'il ferait le lendemain.

 

C'était un homme de la nature,

qui faisait corps avec elle

et qui s'est retrouvé enfermé dans ces logements modernes mais si froids….

 

Il passait des heures à regarder au dehors, les yeux éteints, tristes,

la vie s'était retirée de  lui brusquement,

l'envie de vivre aussi.

 

Je n'ai pas parlé de sa femme.

Evoquons là en quelques mots.

Elle est morte la première.

 

 

C'était un couple fusionnel.

Ma grand-mère l'admirait,

soignait ses mains crevassées par le sel,

elle l'adorait.

 

Et cette vie à deux, au lieu de les lasser,

les rapprochait chaque jour davantage.

Ils étaient indispensables l'un à l'autre.

 

Et ils ont continué dans leur "cage"...

elle souffrait de le voir souffrir, sachant qu'il était malheureux,

et lui "tenait le coup" pour elle.

 

C'était très émouvant, ils se sont resserrés encore plus.

 

Quelle étrange vie ... et mort.

 

Lui qui avait tant supporté la solitude toute sa vie

tant que sa compagne était avec lui

ne l'a plus supportée lorsqu'elle est morte !

 

On a de suite compris qu'il ne survivrait pas !

 

Ma grand-mère est morte début Janvier

et mon grand-père au mois d'octobre,

neuf mois après,

neuf mois...

neuf mois d'un désespoir infini

 

 

Une telle fin,

après une telle vie,

une vie si belle,

qu'en penser ?

 

 

 

 

 

 

                                                              ***

 

 

 

 

 

Vigneron, mon ami,

en ton honneur, je lève mon verre.

 

 

 

 

                vin-listel.jpg

  

 

 

 

Buvons à nos joies

et à nos douleurs.

 

 

 

***

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                              

 

 

Partager cet article

Repost 0

Le nuage amoureux *7* - conte de NH : quelques mots sur Nazim Hikmet -.

Publié le par kasimir, dit pinson déplumé



 

 

Les dessins (avec un peu de gouache)

 

je les ai  faits il y a plusieurs années pour un texte écrit à la main  

(j'en ai laissé un petit morceau dans le premier article).

Je m'étais inspiré, pour écrire ce texte,

de la traduction d'un conte écrit en langue turque

par un poète nommé Nazim Hikmet.

 

Je ne me souviens pas  quelle traduction j'ai lue pour prendre connaissance de ce conte.

Si le traducteur se reconnaît (ou l'éditeur) je serai heureux de l'indiquer sur mon blog.  


Je vous présente ce poète en quelques lignes.

Il est né à Salonique le 21 novembre 1901.
Très tôt il est attiré par la poésie, et se met à écrire.

Mais sa sensibilité le porte d'emblée à dénoncer les injustices dont sont victimes les faibles, les pauvres, les démunis, et ils sont nombreux autour de lui.
Il prend  ainsi la défense de tous les êtres humains blessés, humiliés, spoliés, tués, qu'ils soient turcs ou non.

Il ose critiquer la société turque,
et est le premier à dénoncer le génocide du peuple arménien.
Ce qui déplaît fortement aux autorités,
si bien qu'il est obligé de s'exiler.

Il revient en cachette en Turquie, sans visa, en 1928.
Très vite on l'arrête et on le jette en prison.

Il y restera 7 années.

  


Il en sort en 1935.
Mais il est alors accusé d'idées marxistes
et d'activités antinazies et antifranquistes.
Si bien qu'il est très vite remis en prison,
et même condamné à mort.

Devant les réactions internationales,
cette peine est commuée en  une peine de prison de 35 ans.

En prison à nouveau, sa santé se dégrade.
Il est atteint d'une angine de poitrine.
Il finit par  s'engager dans une grève de la faim.

Il en arrive aux limites de la résistance humaine.

  


On le libère alors, mais il est déchu de la nationalité turque.
Il doit s'exiler.
Son exil sera cette fois définitif.

Il quitte la Turquie, son pays qu'il aime, en juin 1951.

  


Commence alors pour lui une vie d'errance :
Moscou, Pékin, Cuba, Prague.
Il vient à Paris où il retrouve ses amis Eluard et Aragon.

Il meurt à Moscou d'une crise cardiaque le 3 juin 1963.

Toute son oeuvre est imprégnée de sueur et de larmes.

  


De la sueur et des larmes des hommes privés de liberté et de dignité.

 


Il fut un peu pour la Turquie ce que fut pour nous Victor Hugo au XIX me siècle.
Mais il est encore assez mal vu aujourd'hui dans son propre pays.

Ayant passé une grande partie de sa vie en prison,
c'est là qu'il écrivit la plupart de ces poèmes ...
pleins d'espoir, de foi en l'avenir !

C'est le cas, je crois, du "nuage amoureux" !

Voulez-vous que je vous donne quelques vers de lui ?
Hélas, je les ai perdus.
Il faut que je les recherche.
Mais peut-être en connaissez-vous ?

Et si j'ai dit quelques bêtises,
peux-tu Chantal me corriger ?
Merci d'avance.

 

 

 

 



                         nuage-8-aicha.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans conte

Partager cet article

Repost 0

Le nuage amoureux *6* - conte de NH - Les larmes d'Aïcha -

Publié le par kasimir, dit pinson déplumé

 

 

 

 

 

Alors le vent a commencé à manquer de souffle et à s'éloigner. 
Le nuage s'est transformé en oeil et a versé des larmes.

                " Pourquoi pleures-tu ? "
                  demanda la colombe. 


                " Parce que je vais vous quitter "
                   a dit le nuage.

Alors la pluie a commencé ,
puis elle est tombée à verse.

Dans le jardin, les fleurs se sont redressées.
L'homme à la barbe noire était trempé jusqu'aux os.
Sa barbe était pleine d'eau,
il claquait des dents de rage.

Pendant ce temps la colombe était partie à la recherche du vent.
Elle l'a rattrapé au sommet de la montagne.

       " Frère vent, 
       l'homme à la barbe noire t'a tourné en ridicule
       en voulant se servir de toi pour une cause injuste.
       Viens maintenant nous aider à chasser cet homme méchant "

Le vent est revenu avec la colombe,
a soulevé la poussière du chemin,
l'a jetée dans les yeux de l'homme à la barbe noire.

Alors il s'est sauvé sur son cheval gris
suivi du chardon-serpent-corde-sangsue
et depuis ce jour ....
on ne les a plus jamais revus.



                              

 

***

 



Le jardin d'Aïcha, lui, était tout en fleurs.


Aïcha se tenait au bord du bassin,
la colombe perchée sur son épaule gauche,
le lièvre assis à ses pieds.


Le ciel était bleu.
Tous étaient heureux.


Tous ... sauf Aïcha.

"Pourquoi es-tu si triste , Ma petite Aïcha ? "
demanda la colombe.

 
"Parce que le nuage nous a tous sauvés,
mais il a disparu, il s'est sacrifié pour nous."



    Et des larmes ont coulé de ses yeux.
    Des larmes belles comme des perles.
    Elles sont tombées dans le bassin.


    Or le bassin était rempli d'eau de pluie.

    Alors une vapeur bleue
    s'est élevée au-dessus du bassin,
    et le nuage s'est reformé dans le ciel,
    a pris la forme d'une bouche
    qui faisait comme un grand sourire
    au-dessus de la maison d'Aïcha.

 

 

 

 



                         nuage-6-le-petite-maison.JPG


            

 

 

 

 C'est alors le derviche s'est levé

  et il est rentré chez lui.

 


  Et moi aussi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans conte

Partager cet article

Repost 0

Le nuage amoureux *5* - conte de NH - Le grand combat dans le ciel -

Publié le par kasimir, dit pinson déplumé


 

 

Pendant ce temps là,
Aïcha dormait,
la colombe à son chevet,
le lièvre à ses pieds.

Le matin, à peine réveillés, i
ils ont entendu des gémissements..............

Aïcha courut au jardin :
toutes les plantes se desséchaient !
Et le bassin se vidait de son eau.

               "Sauve nous, Aïcha !
                Nous mourrons de soif !"

Aïcha ne savait où donner de la tête.
Et derrière la haie,
l'homme à barbe noire ricanait :

               "Vends moi ton jardin, Aïcha ! 
                Ce n'est plus qu'un cimetière !

Aïcha lui répondit :

               " Non !
                Je préférerais être enterrée ici,
                à côté de mes fleurs ! "


                        

 

***




Le nuage, qui n'était jamais très loin, vit la situation
et se dit qu'il était prêt à donner sa vie pour Aïcha :
il s'est décidé à se transformer en pluie.

Et la pluie est tombée.

L'homme à la barbe noire était furieux.
Le serpent-corde lui a dit :

         "ouvre la jarre !"

Alors le vent est sorti de la jarre en rugissant
et s'est jeté sur le nuage.

Un grand combat s'est déroulé dans tout le ciel.

         " Prends garde à toi, cher nuage ! "
           criait Aïcha.

 Le nuage prit la forme d'un coeur.

 Le vent heurta ce coeur et le brisa.

Il se forma alors 31 petits coeurs.

          " Mets le en pièces ! " 
            hurlait l'homme à la barbe noire.

          " Tiens bon ! frère nuage ! "
             criait le lièvre.  

 






   Les 31 petits coeurs battaient très fort.
   Certains étaient entraînés très loin.
   La colombe allait les rechercher et les ramenait.
 
   En bas, tous suivaient le combat dans le ciel.
   Le nuage cherchait à se rassembler.
   Le vent se démenait comme une furie pour le disperser.

Le nuage parvint à se rassembler en un coeur immense.

 

 



" Lance-moi vers le ciel  ! "
 a dit le chardon-serpent-corde.

 



L'homme à la barbe noire l'a lancé
Et le chardon-serpent-corde 
s'est transformé en sangsue.
Il s'est collé au coeur du nuage
et a commencé à sucer son sang.

  



Mais la colombe est venue,
elle a piqué le chardon-serpent-corde-sangsue
qui est tombé aux pieds de l'homme à la barbe noire
lequel était fou de rage !

  

 




                                à suivre !!!!!

 

 

 

 

 

 

Publié dans conte

Partager cet article

Repost 0

Le nuage amoureux *4* - Un conte de N H - Voyage au pays de la sécheresse et au pays du vent -

Publié le par kasimir, dit pinson déplumé


 

 

 

 

L'homme s'en alla.
Mais sur le chemin il rencontra le chardon-serpent qui se dressa devant lui et dit :


           "Aïcha t'a chassé comme elle m'a jeté par dessus la haie !
             Je veux t'aider. Prends moi en croupe
             et je te dirai quoi faire pour te venger ! "

 

Le chardon-serpent dit à l'homme d'acheter un sac et une jarre.
Puis il ordonna au cheval gris de traverser des montagnes,

des rivières, des plaines.

              

 

 

***

 


Ils voyagèrent ainsi longtemps, l
la jarre à droite de la selle, le sac à gauche.


Ils traversèrent encore une lande
pleine de broussailles et de rochers.


La chaleur devint pire qu'en enfer,
la terre se crevassa.


Il n'y avait plus d'ombre,
bientôt il n'y avait plus de terre : rien que du sable.

Le chardon-serpent dit alors :


               "Nous sommes arrivés :
                c'est ici le pays de la sécheresse !
                Remplis ton sac de sable."


L'homme à la barbe noire remplit le sac
avec du sable du pays de la sécheresse.

            

 

 

***

 



Alors le chardon-serpent força encore le cheval gris à marcher,
encore et encore....
et ils arrivèrent au pays des vents.

 

Le vent y soufflait si fort ...
que le cheval avait beaucoup de mal à avancer.

 

 


Le chardon-serpent dit enfin :

                 "Nous sommes arrivés :
                   remplis la jarre de vent ! "

 

 



               nuage-7-pays-dela-ch.jpg

 

 

 

 

 

L'homme à la barbe noire tourna la jarre vers le vent.
Le vent se précipita dedans,
la remplit en hurlant et en rugissant.


L'homme boucha la jarre avec un morceau de cuir,
puis l'attacha bien fort avec le chardon-serpent
qui s'était transformé en corde.

               

 

***

 



Ils revinrent alors vers le jardin d'Aïcha.
Et comme cette fois ils avaient le vent dans le dos,
ils revinrent aussi vite qu'un oiseau.

 
Ils avaient mis 43 jours à l'aller :
ils ne mirent que 3 jours pour revenir.



De nuit ils entrèrent dans le jardin d'Aïcha.
Ils éparpillèrent le sable du pays de la sécheresse
sur tout le jardin,
sur les fleurs
sur les arbres
et ils repartirent.

                               

 

***

 



Pendant ce temps, Aïcha dormait,
la colombe à son chevet,
le lièvre à ses pieds.

Le matin, à peine réveillés,
ils ont entendu des gémissements..................

                                         

 

***

 

à suivre .....

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans conte

Partager cet article

Repost 0

Le nuage amoureux *3* - conte de NH - Un nuage en forme de main -

Publié le par kasimir, dit pinson déplumé

 

 

 

 

 

 

Une nuit....
profitant que le nuage était parti se promener,
l'homme à la barbe noire est entré dans le jardin,
sur la pointe des pieds,
avec un grand couteau à la main.

Il a regardé à droite, puis à gauche ......
et il s'est mis à couper les fleurs du jardin.

Chaque fleur poussait un gémissement en tombant sur le  sol,
mais si léger que personne ne l'entendait.

Puis il a appuyé son couteau sur la gorge d'un chardon.
Le chardon s'est mis à crier :


" Aie pitié de moi ! Un jour je te rendrai service  ! "
Par calcul l'homme n'a pas coupé la gorge du chardon.


                        

***



Le nuage, lui, qui avait repris sa forme de nuage,
continuait de faire son petit tour dans le ciel.


Il jetait un coup d'oeil par ci, par là,
dans les environs, les montagnes, les rochers....

Les loups, les oiseaux...
tout dormait d'un sommeil profond.

Soudain il vit l'homme à la barbe noire dans le jardin d'Aïcha
en train de couper les fleurs ! 


Oh !


Il prit aussitôt la forme d'une main,
saisit le manche du croissant de la lune,
et avec cette faucille improvisée,
il descendit dans le jardin
et enfonça la pointe de la "lune-faucille"
dans les fesses de l'homme.

 

 



                nuaga-5-la-main-la-faucille.JPG

 

Alors celui-ci prit la fuite.

                         

 

 

***

 



Le lendemain matin, Aïcha vint dans son jardin.


Elle découvrit le désastre.
Elle décida de bêcher tout le jardin.


C'est alors qu'elle trouva le chardon.
Elle lui dit :

" Il n'y a pas de place pour toi dans mon jardin, chardon, 
  Va-t-en de ton propre gré !
   -Non, je ne partirai pas ! Répliqua le chardon. 
    Essaie de m'arracher. On verra bien si tu y arrives !"

Aïcha essaya, mais le chardon résistait.
Aïcha dut creuser profond pour l'arracher. 
Puis elle le lança par dessus la haie.   

                        
En retombant sur le sol
le chardon se transforma en serpent
et se mit à se tortiller sur le sol poussiéreux.


                                

 

***

 

 

C'est alors que l'homme à la barbe noire arriva,
dressé sur son cheval gris.
Il cria à Aïcha qui était dans son jardin :

" Je suis l'homme le plus riche du monde !


  Épouse-moi donc, Aïcha ! "


  Mais elle répliqua :


" Ce n'est pas moi que tu veux épouser,
   c'est mon jardin. 


   Je ne veux pas devenir ta femme !
   Je préfèrerais  être transformée en statue de pierre ! "



L'homme, furieux, voulut sauter par dessus la haie,
mais le nuage, qui avait tout suivi du haut du ciel,
prit aussitôt l'allure d'un gros chien de berger à longs poils
et vint près d'Aïcha.

 

Elle le couvrit de caresses.
"Merci mon nuage bien aimé ! "

L'homme s'en alla.


Mais sur le chemin il rencontra le serpent
qui se dressa devant lui et dit :


"Aïcha t'a chassé comme elle m'a jeté par dessus la haie !
 Je veux t'aider. Prends moi en croupe
 et je te dirai quoi faire pour te venger ! "

                              

 

 

 ***

 

 



Peut-être trouvez vous ce conte un peu simplet.
Mignon mais simplet.
Pourtant ... pensez à ce bon La fontaine.
Il faisait parler les corbeaux et les renards, les cigales et les fourmis, mais en fait il parlait des hommes de son temps.

Ce récit que je vous fais m'a été inspiré par un conte écrit dans la douleur par un homme persécuté, traqué,  mais qui vivait dans l'espoir fou du triomphe de la justice dans son pays, et dans le monde.
Je vous parlerai de lui quand nous aurons fini ce récit.

 

 

 

Publié dans conte

Partager cet article

Repost 0

Le nuage amoureux *2* - Conte de NH - Un nuage en forme de Luth -

Publié le par kasimir, dit pinson déplumé

 

 

 

 

 

L'homme se  mit à hurler :    

 
" Tout m'appartient dans ce pays,
   tout sauf ton jardin.


Il est comme une ronce noire au milieu de mes domaines.
Je finirai bien par t'en extirper.
Que le diable le dessèche ! "



A ce moment là, un lièvre
a mordu l'une des pattes du cheval gris.
Le cheval a lancé des ruades
et l'homme a roulé sur le sol.



Du jardin d'Aïcha s'est envolée une colombe
qui est venue lâcher une fiente
juste entre les sourcils de l'homme à barbe noire.

Furieux, il a placé une flèche dans son arc et a visé la colombe.
Mais la colombe s'est enfuie à tire d'ailes.


L'homme est remonté à cheval
et s'est lancé à la poursuite de l'oiseau.


                         

 

***



Le derviche, pendant ce temps, jouait toujours du pipeau,
et du pipeau un nuage s'est envolé.


Il s'est élevé et, pareil à un agneau,
il s'est avancé dans les pâturages du ciel.

Il a aperçu, dans un champ, entre les épis,
un lièvre qui lissait ses moustaches.


Cela a fait rire le nuage
qui n'avait jamais vu un lièvre lisser ses moustaches.

 

Cela a fait rire le lièvre
qui n'avait jamais vu rire un nuage.


                          

***



Pendant ce temps l'homme à la barbe noire
avait arrêté son cheval en haut de la montagne,
cherchant dans le ciel la colombe
qui lui avait fienté entre les sourcils.
Il l'aperçut, tendit son arc et visa la colombe.

 

 

 



                    nuage-l-arc-la-colombe-3.jpg

 

 

Mais le nuage,
voyant ce que faisait l'homme avec son arc,
s'est laissé tomber sur lui
et l'homme, aveuglé, s'est mis à éternuer et à tousser.
La colombe, elle, s'est sauvée.



Alors le nuage est remonté dans le ciel
et s'en est allé au dessus du jardin d'Aïcha. 

 

 

                          

***



Au milieu des tulipes de son jardin,
Aïcha contemplait le ciel.


Le lièvre était à sa droite
et la colombe sur son épaule gauche.


D'une main elle tiraillait les longues oreilles du lièvre,
de l'autre elle caressait la colombe.



                                                  nuage-4-aicha.JPG
   

Du bout de ses doigts,
Aïcha envoya un baiser au nuage.


Le nuage fut tellement content
qu'il prit la forme d'une rose, immense....


Aïcha, émerveillée,
contempla cette rose dans le ciel.


Alors le nuage prit la forme d'un coeur
et décida de ne plus quitter Aïcha.

Il la surveillait quand elle sarclait son jardin.


Si elle s'essuyait le front,
il venait se placer devant le soleil,
et le jardin était à l'ombre.


Si Aïcha disait :
"Les fleurs ont besoin de soleil",
le nuage prenait la forme d'un parasol chinois,
de sorte que le jardin était au soleil,
mais Aïcha  était à l'ombre.

                      

 

 

***



Une nuit, Aïcha était assise dans le jardin.
La colombe somnolait sur son épaule
et le lièvre dormait sur ses genoux.

Dans le ciel il y avait des étoiles
et un croissant de lune en forme de faucille.
Aïcha contemplait leur reflet dans l'eau du bassin.

Dans le miroir du bassin,
elle vit que les étoiles et la lune avaient perdu leur éclat.
Elle leva les yeux vers le ciel, et, en effet...
la lune et les étoiles brillaient à peine.
"Que leur est-il donc arrivé ?"

Le nuage devina les pensées d'Aïcha et lui cria :
"Elles sont un peu empoussièrées,
mais je vais les nettoyer et les faire reluire."

Aussitôt, il prit la forme d'un immense chiffon,
se laissa tomber dans le bassin.
Il s'y trempa, regrimpa vers le ciel
et s'attaqua d'abord à la lune,
puis nettoya les étoiles et les fit étinceler. 

Alors Aïcha se dit :
"Jamais la lune et les étoiles n'ont autant brillé !
Merci mon petit nuage, je t'aime beaucoup."

Et comme elle avait sommeil,
elle rentra chez elle et se mit au lit.


Le nuage descendit alors du ciel,
prit la forme d'un luth,
s'installa devant la fenêtre d'Aïcha,
et lui chanta une berceuse.

Et toutes les nuits suivantes,
le nuage redevint luth et chanta pour elle.

                            

 

***

 



Mais une nuit...
profitant que le nuage était parti se promener,
l'homme à la barbe noire ...........

 

 

 

A suivre...


                            

Publié dans conte

Partager cet article

Repost 0

Le nuage amoureux *1* - Un conte de N H - Avec un derviche, un homme à barbe noire, Aïcha et ses amis -

Publié le par kasimir, dit pinson déplumé

 


J'ai déjà publié ce conte.

 Il est une adaptation que j'ai faite d'un conte de Nazim Hikmet.

 Je parlerai de cet auteur à la fin de mon récit.

 

 

 

 

 

L' histoire que je vais vous raconter s'est passée dans un désert,
dans un pays de sable et de soleil.
Quelques arbres, par ci, par là..

 

 


Un jour, je passais là, par hasard .
J'ai vu un derviche qui marchait du pas d'un promeneur.
Je l'ai suivi du regard.
Où pouvait-il bien aller ?

                

 

Il s'est assis au pied d'un cyprès.
De sa ceinture il a sorti un pipeau,
et il s'est mis à en jouer.

 

 

 

                   nuage-1-le-derviche.JPG

 



 

 

 

Du pipeau sont sortis des arbres,
des montagnes,
des rivières,
des routes.
Et dans le désert, les rivières se sont mises à couler .



Ensuite du pipeau est sorti un homme à barbe noire.
Il a fait deux cabrioles , est retombé près du derviche,
lui a chipé sa bourse,
puis s'est sauvé dans la montagne
où il a trouvé un cheval gris.

 


Dans la montagne, il y avait
des troupeaux de moutons,
des chevaux noirs,
sur les routes des caravanes de chameaux,
dans la plaine des champs de blé, de seigle, de coton.

 

 

 



                                    nuage-2-le-paysage.JPG

 

 

L'homme à barbe noire sur son cheval gris s'est dit :                         
                                                                                                          


                      

"tout ça m'appartient !"                                

 

 

  ***


Du pipeau est alors sortie une jeune fille.

Elle est retombée très délicatement sur le sol.
C'était la plus belle fille du monde.
Ses cheveux d'or lui retombaient jusqu'aux talons.
Son visage était aussi beau que le croissant de la lune.

 

 

 

 




 

 

Elle a baisé la main du derviche et lui a dit :

  

 "Je m'appelle Aïcha,
   j'attends tes ordres, père derviche.
   Si tu as faim, je te ferai de la soupe de gruau.
 
    - Merci, petite Aïcha,

    je n'ai pas faim"
    a répondu le derviche.


Alors Aïcha s'est envolée,
légère comme une plume d'autruche,
et est allée se poser sur la branche fleurie d'un pommier.

Ce pommier se trouvait dans un jardin.


Ce jardin était le jardin d'Aïcha.


Dans ce jardin fleurissaient des roses rouges,

des roses roses  

des roses blanches,


mais aussi des roses trémières,

du jasmin, des tulipes, des oeillets.


Une haie de fuschias entourait le jardin.

Aïcha est descendue du pommier,
a pris un arrosoir et a arrosé les fleurs.


                                    

 

***

 


 

A ce moment là l'homme à barbe noire est arrivé.


Il est arrivé au galop sur son cheval gris
et il a crié au dessus de la haie :  

 
"Aïcha, vends moi ton jardin !"

Aïcha lui a répondu :   


"Je n'ai pas l'intention de vendre mon jardin !"


L'homme s'est mis à hurler :  

         
" Tout m'appartient dans ce pays,
   tout, sauf ton jardin.


Il est comme une ronce noire au milieu de mes domaines.
Je finirai bien par t'en extirper.


Que le diable le dessèche ! "

                                 

 

***

à suivre

 



 

 




 

 


                                       

 

 



Publié dans conte

Partager cet article

Repost 0

- Histoire horrible N° 10 : faut pas tromper sa femme, surtout si.... -

Publié le par kasimir, dit pinson déplumé

 

 

 

 

 

 

C'est l'histoire d'une femme qui apprend que son mari la trompe.

 

Elle est ... bouleversée.

 

 

 

 

 

 

                                       femme-fatale.jpg

 

 

 

 

 

 

 

On peut dire qu'elle tombe de haut.

 

Alors du coup, elle se jette par la fenêtre.

 

Or elle habite au troisième étage.

 

Boum !!!!!

 

C'est terrible, non ?

 

 

 

Pourtant elle s'en tire sans la moindre blessure.

 

Ouf : c'est une chance.

 

Enfin... pour elle.

 

Car si elle s'en tire à si bon compte,

 

c'est qu'elle est tombée sur un homme qui passait là.

 

Et l'homme, lui... il  est mort sur le coup.

 

Terrible , non ?

 

 

Le plus drôle, si l'on peut dire,

 

c'est que cet homme, c'est son mari.

 

 

 

 

Cette histoire est donc très morale.

 

Il ne faut pas tromper sa femme...

 

surtout si on n'habite pas au rez-de-chaussée.

 

 

 

 

 

J'ai trouvé cette histoire chez Marc.

 

Lien***

 

Moi j'y suis pour rien.

 

C'est Marc le seul responsable !

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

- The Daffodils ... 4 : l'oeil intérieur -

Publié le par kasimir, dit pinson déplumé

 

 

 

Mais où me suis-je, encore une fois, engagé ?

Si je poursuis l'étude de ce texte,

ligne par ligne, et mot par mot,

j'en ai pour un mois.

Ce n'est pas possible !

 

 

Je vais donc terminer aujourd'hui,

en survolant librement le texte

comme le nuage survolait les collines.

 

 

 

 

 

Continuous as the stars that shine

And twinkle on the Milky Way,

They stretch'd in never-ending line

Along the margin of a bay:

 

Ten thousand saw I at a glance,
Tossing their heads in sprightly dance.

The waves beside them danced; but they

Out-did the sparkling waves in glee:

 

A poet could not but be gay,

In such a jocund company:

I gazed -- and gazed -- but little thought
What wealth the show to me had brought:

 

For oft, when on my couch I lie

In vacant or in pensive mood,

They flash upon that inward eye

Which is the bliss of solitude;

 

And then my heart with pleasure fills,
And dances with the daffodils.

 

 

 

 

 

 

                     daffo-3-oeil.jpg

 

 

 

 

 

 

Notre poète compare les jonquilles aux étoiles.

 

De même que les étoiles tapissent le ciel sans discontinuer,

avec une permanence étonnante,

scintillant de tous leurs feux,

étirant leurs immenses alignements

sur les gigantesques bras de la Voie Lactée,

 

de même le peuple innombrable des jonquilles

s'étire tout le long de la baie.

 

En un seul clin d'oeil, dix mille apparaissent.

 

Et elles dansent !

 

Une danse vive, enjouée, pleine d'énergie.

Elles inclinent leur têtes, se balancent...

 

Dans la baie, les vagues dansent aussi.

Elles sont toutes proches.

Mais la brillance des feuilles apparaît plus forte encore !

Elles semblent dégager une invincible allégresse (glee).

 

La gaieté du spectacle gagne le poète.

 

Et là je pense à une autre poésie,

écrite par David (?)

le psaume 98, versets 8  et 9,

où cet autre poète, il y a 4000 ans, n'hésitait pas à écrire :

que les fleuves battent des mains,

que les montagnes poussent des cris de joie ! 

 

 

 

(please : je n'ai pas trouvé le mot jocund dans mon dictionnaire :

est-il trop petit ?

Ou est-ce du viel anglais ?)

 

 

Alors le spectateur "gazed and gazed"

et c'est bien plus que regarder !

Il contemple, contemple,

il laisse cette incroyable spectacle pénétrer en lui.

 

And little thought :

 

il ne "pense" pas , à ce moment là,

il n'analyse pas la situation !

Il se laisse envahir par elle

comme le bébé  remplit son estomac du lait maternel :

il fait le plein !

 

Repas mystique.

Repas essentiel !!!!! 

 

Ce n'est qu'après qu'il réalise l'immensité de l'apport.

 

Et bien plus tard, des années après, peu importe,

quand sur sa couche il s'étend et se repose,

sans penser à rien de particulier,

c'est là que survient le prodige !

 

Le spectacle revient, vif comme au premier jour.

Les jonquilles sont là !

 

Elles jaillissent devant lui,

devant son "oeil intérieur".

 

Remarquez la beauté incomparable de l'expression anglaise :

 

                     " inward eye  "

 

Cet "inward eye" qui est une bénédiction de la solitude.

 

Et oui, cet oeil là n'est pas facile à ouvrir face à l'autre.

Être en relation avec une personne, c'est une autre situation.

 

De même qu'en plein jour, quand notre étoile familière est présente,

il n'est pas possible de voir les étoiles.

 

Et pourtant il est arrivé qu'un enfant, plus clairvoyant que les adultes,

ait témoigné de leur présence.

 

Pourquoi certaines persones aiment-elles tant ces moments de solitude ?

Parce qu'elles vont pouvoir ouvrir leur inward eye !  

 

Alors leur coeur s'emplit de plaisir

et danse avec les jonquilles !

 

Et elles refont, mystérieusement...

leur plein de bonheur.

 

 

 

 

 

  

 

 

 

à plus.

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans poèmes

Partager cet article

Repost 0

1 2 > >>