Bonjour tous
et en particulier bonjour Catherine
car tu m'as écrit ceci :
Jolie histoire,
mais pourquoi "diable" les contes de fées
ont-ils toujours un côté lugubre,
c'est trop triste !
Je ne supporte plus les choses tristes...
Je vais donc essayer de t'expliquer.
Les grands contes circulent et se transmettent par échange
oral (très récemment par écrit) depuis plus de 2000 ans, peut-être plus de 4000 pour certains. A force d'être racontés, ils ont évolué. Mais lentement. Ils conservent donc des souvenirs de
pratiques lointaines qui peuvent nous paraître barbares, et qui le sont.
Ces pratiques existent encore !
Dans certains pays on coupe encore la main des voleurs, on lapide à mort les femmes adultères
(faut croire que les hommes ne sont jamais adultères !) et même on coupe le clitoris des petites filles, pour que plus tard, quand elles seront femmes, elles ne soient pas perverties par la
recherche du plaisir !
Si les contes rapportent aussi des choses horribles, c'est surtout pour essayer de rendre
compte de la violence et de l'importance de ce qui se passe dans nos relations, en apparence banales.
A l'époque de leur création il n'y avait ni journalistes, ni
philosophes, ni psychologues, ni psychiatres, ni sociologues. Les grands contes se sont formés à peu près à la même époque que la Bible et que la Mahabharata.
Ils contiennent donc une partie du savoir qui prenait cette forme dans ces temps
anciens.
Le conte, tel que je viens de vous le présenter, est coloré (vaguement) de
christianisme : c'est une couche de sédiments récents.
Il a été recueilli par écrit au début du XIX me siècle par les frères Grimm. Les
frères Grimm tenaient en grande estime ces contes .
Voici ce que Guillaume Grimm disait du conte en général :
"Ce n'est peut-être qu'une petite goutte de rosée,
retenue au creux d'une feuille,
mais cette goutte de rosée
étincelle des feux de la première aurore."
Les feux de la première aurore !
Qu'est-ce que Grimm voulait dire par là ?
Il voulait je pense parler de l'aurore de la pensée.
Comment ces gens, qui ne savaient ni lire ni écrire, et qui n'avaient
fait aucune étude, comment pouvaient-ils se représenter ce que nous croyons bien décrire, mais qui nous échappe toujours autant ?
Faut-il avoir fait des études pour comprendre ce que dit un conte ?
Surtout pas !
Ou si par malheur on en avons fait, il faut s'empresser de tout oublier
!
Il suffit de se laisser porter par le conte, comme un enfant peu le faire. C'est
alors, et alors seulement, que nous découvrirons nous aussi la petite maison dans la forêt où un ange nous attend.
Concernant la bonne façon d'aborder un conte, je vais vous citer ces trois
lignes :
" Prenez le texte.
Et qu'il n'y ait rien entre vous et le texte.
Surtout qu'il n'y ait pas de mémoire ! "
Qui dit cela ?
C'est Charles Péguy, en parlant de l'Odyssée : un texte aussi vieux que ce
conte.
Mais cette réflexion peut s'appliquer aussi à notre conte.
Bon, c'était un petit entracte : la prochaine fois, nous reprenons la lecture du
conte, enfin ceux qui veulent !
Tu verras, Catherine : rien de triste, puisque la question que pose le conte,
c'est : comment pouvons nous trouver le chemin pour devenir roi et reine de notre vie.
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