De ce haut lieu de
l'Auvergne, qui est le Château de Léotoing,
lequel est en train de renaître
(et il mérite certes de sortir de l'oubli et des ronces qui l'avaient enseveli)....
de ce haut lieu de l'Auvergne,
je reçois un beau texte :
c' est un extrait de "Triste Tropique",
l'ouvrage qui a fait connaîtreClaude Levi-Strauss.
C'est mon amie ** qui me l'envoie :
elle est la Fée de ces lieux et c'est elle qui est à l'origine de leur réveil.
Ce texte lui a rappelé un propos tenu par Michel Serre, lequel préconisait, pour lutter contre le déficit de la Sécurité Sociale, que chacun
prenne le temps de lire une page par jour d'une littérature élevée.
Une telle lecture permettrait à chacun , selon lui, de régler un peu sa boussole sur ce qui est vraiment important, et donc devrait nous éviter
de faire trop d'actions néfastes, aussi bien pour nous, individus, que pour le monde.
.
Voici ce qu'écrivait Claude Levi-Strauss
le 5 mars 1955
Pas plus que l’individu n’est
seul dans le groupe,
et que chaque société n’est seule parmi les autres,
l’homme n’est pas seul dans l’univers.
Lorsque l’arc-en-ciel des cultures humaines
aura fini de s’abîmer dans le vide creusé par notre fureur tant que nous serons là
et qu’il existera un monde -
cette arche ténue
qui nous relie à l’inaccessible demeurera inverse
de celle montrant la voie de notre esclavage
et dont,
à défaut de la parcourir,
la contemplation procure à l’homme
l’unique faveur qu’il sache mériter : suspendre la marche,
retenir l’impulsion qui l’astreint à obturer l’une après l’autre
les fissures ouvertes au mur de la nécessité
et à parachever son oeuvre en même temps qu’il clôt sa prison ; cette faveur que toute société convoite,
quels que soient ses croyances ,
son régime politique et son niveau de civilisation ;
où elle place son loisir, son plaisir,
son repos et sa liberté ; chance vitale pour la vie,
de se déprendre
et qui consiste – adieu sauvages ! adieu voyages ! - pendant les brefs intervalles où notre espèce supporte d’interrompre son labeur de
ruche à saisir l’essence de ce qu’elle fut
et continue d’être, en deçà de la pensée et au delà de la société : dans la contemplation
d’un minéral
plus beau que toutes nos oeuvres ; dans
le parfum, plus savant que nos livres,
respiré au creux d’un lis ; ou
dans le clin d’oeil alourdi de patience,
de sérénité
et de pardon réciproque, qu’une entente involontaire
permet parfois d’échanger avec un
chat.
J'ai trouvé
ce magnifique chat sur le net. Si le propriétaire de l'image le reconnaît et veut que je l'enlève, je le ferai.
S'il m'autorise à le garder, je l'en remercie vivement.
J'aurais voulu mettre un des deux chats noirs de Moyra, mais n'ai pas réussi à les trouver. Si vous allez sur son blog, vous serez peut-être plus habiles que moi : je suis vraiment trop nul !
Je sais que les textes de Lévi-Stauss ne sont pas d'une lecture aisée. Il avait une écriture si
drue et si nouvelle (ce texte est de 1955 !) que la compréhension des idées qu'il avance peut être ardue. C'est pourquoi j'ai fragmenté ce passage par des alternances de couleurs pour montrer la richesse de sa pensée.
Soulignons l'une d'elles.
Qu'est-ce qui importe pour l'être humain ?
C'est d'abord de ne pas détruire "l'arche ténue" sur laquelle il navigue. De ne pas en détruire sa richesse qui réside dans sa
diversité.
C'est de communiquer avec les êtres, tous les êtres, y compris les minéraux, les fleurs, les animaux.
Un chat par exemple, ou un chien.
Un chat, ou un chien, ce n'est pas un gadget pour nous distraire, c'est un être, dont la dignité n'est pas moindre que la nôtre, et avec qui nous pouvons
communiquer.
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