Ce mot désigne d'abord un phénomène physique : renvoi d'un rayon lumineux par un miroir.
Nous allons utiliser ce conte comme un miroir.
Qui allons nous voir dans ce miroir ?
Nous mêmes, bien évidemment !
Nous allons rentrer dans ce conte comme la jeune reine aux mains coupées rentre dans la grande forêt, et comme elle nous allons trouver une petite maison qui portera une enseigne avec
ces mots :
"
Hier wohnt jeder frei "
Dans cette maison un ange du ciel nous accueillera, et nous y resterons le temps nécessaire pour notre guérison, car tous nous avons besoin de guérir, de guérir des mutilations qui
ont été notre lot.
On y va ?
.
Ce meunier était peu à peu tombé dans la misère.
Il ne possédait plus rien, si ce n'est son moulin,
une petite maison
et derrière le moulin, dans une cour, un grand pommier.
Ces deux phrases suffisent pour nous renseigner
: ce meunier est quelque peu dépressif !
Est-on dans la misère quand on possède un moulin ?
Et une petite maison !
Il doit décidément y avoir quelque chose qui ne tourne pas bien rond dans sa tête !
Un jour il est allé dans la forêt couper du
bois.
La forêt.
Vous croyez sans doute savoir ce qu'est une forêt .... Que nenni !
Répétez à haute voix dix fois de suite le mot "forêt"....
C'est fait ?
Alors vous ne savez plus ce que c'est !
La forêt est un des symboles les plus importants dans les contes.
Elle représente ce qui, en l'homme, est touffu, complexe, obscur, impénétrable, plein de richesses, mais aussi de dangers.
La forêt symbolise l'inconscient.
Freud a créé le mot et théorisé le concept voici un siècle.
Mais l'inconscient existe depuis l'aube de l'humanité, et était connu mais désigné par d'autres noms.
Les religions l'appellent ciel, enfer, paradis, purgatoire, dieu, diable, anges.....
Les contes, eux, utilisent souvent le terme de "forêt".
Un jour donc, notre meunier entre "dans la forêt".
C'est l'avantage et le but d'une maladie psychique : elle force le sujet à entrer dans son inconscient, à rentrer en lui même.
Introversion indispensable !
Quelque chose ne va pas dans sa vie, ses forces déclinent, son énergie vitale se dégrade, comme un feu qui tire mal et menace de s'éteindre. Alors, comme on irait dans la forêt
pour trouver du bois et ranimer le feu dans la cheminée, il descend dans son inconscient pour y puiser des forces.
Et puisqu'il descend en lui-même, c'est évidemment lui-même qu'il va rencontrer !
Sans toute fois le reconnaître comme étant lui !
Et voici qu'il rencontre un
vieil homme,
un vieil homme qu'il n'avait jamais vu.
Ce vieil homme.... c'est lui !
Mais un aspect de lui "qu'il n'avait jamais vu" !!!!!!!!!!
Ce qui veut dire que sa personne est clivée, séparée en deux (au moins).
C'est souvent ce qu'on appelle (à tort) un double.
A tort puisqu'il est si différent qu'il ne le reconnaît pas comme étant lui !
Mesurez bien ce qu'il y a de dramatique dans l' approche de ce vieil homme !
C'est plus angoissant que du Hitchcock !
Me permettez-vous un mot tiré du vocabulaire de l'analyse ?
C'est exactement ce que nous appelons
"le retour du refoulé".
Le sujet s'est débarrassé d'un aspect de lui, l'a expulsé (croit-il) hors des frontières de son moi. En fait, c'est une opération impossible et la seule chose
que le sujet ait réussi à faire, c'est d'expulser cet aspect condamné de lui même dans son inconscient.
C'est à dire au plus profond de la forêt !
De sa forêt intérieure !
Mais l'expulsé", le "refoulé", tel un bagnard, revient .
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