- Un conte pour tous les humiliés de la terre : " Le passeur de lumière" - 3 : L'étranger -

Publié le par kasimir, dit pinson déplumé

,

 

 

 

 

Et c’est là, au moment où il s’y attendait le moins,

qu'il fit une étrange rencontre.

 

Par une morne après-midi, pour tromper son ennui,

Jean-Jean se rendit dans la forêt.

 

« Oh-là ! » cria soudain un homme derrière lui.

 

Jean-Jean se retourna, étonné de rencontrer un étranger par ici.

 

« Vous m’avez appelé ? »

répondit-il avec quelque inquiétude.

 

« Oui, toi, attends-moi »

lui cria l’homme, tout essoufflé.

 

Jean-Jean hésita un instant,

mais la proximité du village le rassura.

Il s’arrêta pour permettre au voyageur de le rejoindre.

 

« Tu es bien aimable »

lui dit l’homme, en s’étouffant dans sa barbe.

 

 

Maintenant qu'il s’était approché,

Jean-Jean détaillait son nouveau compagnon.

 

Plutôt petit, légèrement voûté, il se déplaçait lentement.

 

Il s’appuyait sur un solide bâton qu’il tenait de sa main droite,

tandis qu’à la main gauche il portait une lanterne.

 

 

 

 

jean-jean.jpg

 

 

 

  

 

« Comment t’appelles-tu, mon garçon ? » demanda l’homme.

 

Jean-Jean devint rouge comme une citrouille trop mûre :

il aurait voulu disparaître plutôt que de répondre à cette question là.

« Et bien, aurais-tu perdu ta langue ? » reprit l’inconnu.

Quel est ton prénom ?                                                                                                   François,                                                                                                                       Etienne,                                                                                                                      Jacques,                                                                                                                       Pierre,                                                                                                                            Aimé ?.... 

 

 

 

 

 

Les prénoms défilaient comme une litanie infinie.

Jean-Jean en avait le tournis.

Soudain, comme un automate, il répondit :

 

« C’est ça, oui, c’est ça.

 

C’est ça, oui, mais lequel ?

 

Pierre-Aimé » répondit Jean-Jean.

 

Le vieil homme eu un air étonné et dit :

 

« Un bien joli prénom que celui-là. »

 

Jean-Jean  acquiesça en hochant la tête,

Ravi de recevoir un si beau compliment.

Puis il se ressaisit, de peur que l’homme ne découvre la supercherie, et dit :

 

« Euh…

Et vous, comment vous appelez-vous ? »

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans conte

Commenter cet article

erato:0059: 12/03/2012 19:07


Les mots peuvent être ravageurs et indélébiles comme ceux prononcés par la Mére( qui manque de tendresse à mon sens) , ou bienfaiteurs comme ceux prononcés par le Père ou le vieil homme. Mais
malgré l'attitude chaleureuse du vieillard, Jean-Jean a besoin de se créer un personnage. Quelle triste souffrance en lui!


Je continue!

kasimir, dit pinson déplumé 13/03/2012 20:42



des paroles bonnes et des paroles toxiques nous entourent


à chacun de faire le tri, un peu comme le ramasseur de champignons : il doit apprendre à ramasser les bons pour faire sa fricassée, pour lui et les
autres.


Mais les mauvaises paroles sont peut-être utiles elles aussi : elles forcent le sujet à comprendre qu'il à se construire, pas à se laisser construire par des paroles qui seraient toutes bonnes.Dans ce dernier cas il serait purement passif, et de ce fait sans aucune force
personnelle.



Danielle 11/03/2012 21:14


Dans cette longue énumération de prénoms, ceux choisis par l'enfant ne sont pas anodins : Pierre-Aimé. Ce sentiment d'amour qui lui manque tant, il choisit de l'exprimer par son
prénom. C'est tout son passé qu'il essaie d'oublier pour se construire une nouvelle identité, il se sent heureux. Et comme ce vieil homme irradie de bonté ! Je vais essayer de poursuivre ma
lecture, pas facile ce soir, heureusement que tu as fragmenté le conte mais à la fois je suis impatiente de découvrir la suite  ... Danielle

kasimir, dit pinson déplumé 12/03/2012 06:45



Bravo !!!


je n'avais pas remarqué


Ce n'est en effet pas banal de s'appelé "Aimé".


Mais le mot ne garantit pas la chose, et on peut s'appeler Jules et se sentir aimé.



Jackie 11/03/2012 21:05


J'ai oublié...Les paroles de confiance prononcées par le père ont été capitales.

kasimir, dit pinson déplumé 12/03/2012 06:41



j'avais compris !


mon cerveau, sans même que je m'en aperçoive, avait mis le mot manquant.



Jackie 11/03/2012 16:15


Voilà, l'enfant s'est choisi un nom tout comme la chenille lors de la métamorphose,qui abandonne sa vieille peau il abandonne ce nom qui l'empéchait de vivre...


Si nos rencontres sont déterminantes, c'est quand même nous qui choisissons ou du moins profitons de l'opportunité offerte pour sortir du passé.

kasimir, dit pinson déplumé 11/03/2012 21:06



non, ce n'était pas un choix d'un nom dynamique


mais celui d'un masque pour cacher sa honte, d'un pansement pour masquer  sa blessure


mais oui c'est nous qui choisissons , lors des rencontres que nous faisons, soit de reconnaître le réel, et alors nous abandonnons nos vieilles peurs,
soit de rester accrochés aux débris du navirre englouti.


Choix dramatique.


Choix mystérieux. 



ozymandias 11/03/2012 14:57


une bien jolie suite


bisous mon Pinson



kasimir, dit pinson déplumé 11/03/2012 20:58




et moi j'adore tes oiseaux !


je vais essayer de les dessiner




Gvidos 11/03/2012 12:24


C'est terrible les feuilletons ;-) Et euh la suite ?

kasimir, dit pinson déplumé 11/03/2012 20:44



Ce n'était pas tout à fait volontaire


mais j'ai eu de telles difficultés de mise en page que j'ai préféré fragmenter le récit


pour réduire les risques de devoir tout recommenser


Et encore j'ai récupéré des lignes de pointillés dont je n'ai pas réussi à me défaire (plus j'essayais, et plus elles se multiplaient )



hélène 11/03/2012 11:33


Oui, en chacun de nous , très profondément existe un talent caché, que ce soit l'art; le goût pour les études, et surtout celui de comprendre les autres, de les AIMER quels qu'ils soient....


Le petit garçon aurait pû s'appeller Pierre-Amour, pourquoi pas,  J'ai un ami qui porte ce nom peu courant....


 


Bises au Pinson conteur


 

kasimir, dit pinson déplumé 11/03/2012 18:58



Tu as raison : surtout celui d'aimer et donc de comprendre les autres.


On porte bien trop l'accent sur les dons "artistiques", si bien que celui qui n'est doué ni pour la peinture ni pour le dessin, ni pour la
danse, et pas plus pour l'écriture, et ainsi de suite, est considéré comme n'ayant aucun don particulier.


Mais pas du tout, l'art suprême est d'aimer.


Je crois que c'est Jean qui le dit : si je n'ai pas l'amour, quand bien même j'aurais tout les dons... je ne serais qu'une cymbale retentissante.


Et de plus chacun a la faculté d'inventer sa vie est d'en faire un art, un art de vivre.


Il n'y a pas de liste officielle de toutes les façons de réaliser cela dans sa vie : c'est une oeuvre unique en son genre.


Quant au nom Pierre Amour, pourquoi pas.


Le nom n'est qu'un drapeau, un symbole de la personne.


Le nom va rayonner de beauté s'il reflète celle du sujet, son dynamisme vital.


Ce n'est pas l'inverse.



lylytop 11/03/2012 10:42


grrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrla suite j'en veux


bises


lyly

kasimir, dit pinson déplumé 11/03/2012 17:14



calmos Lyly


j'arrive !