- La Vie 2 - Vie et mort d'un vigneron -

Publié le par kasimir, dit pinson déplumé

VIE 2 

 

 

 

Nos vies sont multiformes.

Et notre façon de "vieillir" aussi, si nous en avons l'occasion.

 

Voici la vie d'un homme, que l'on m'a confiée...

 

que l'on m'a confiée, avec émotion,

de la même façon que l'on peut confier à quelqu'un

le trésor le plus précieux que l'on possède. 

 

 

 

…..

 

 

 

 

Cet homme était paysan.

Paysan dans l’âme, paysan dans le sang.

 

Il vivait au bout du monde,

enfin… à l’un des bouts du monde.

 

Il vivait en un lieu où la terre fait face à la mer.

 

Pas un lieu où la montagne se dresse comme un géant au dessus des flots

et donne l’impression de faire jeu égal avec eux.

à eux la furie,

à elle la dureté de la roche.

 

Le lieu où il vivait était aussi plat que la terre primitive.

Rien qu’une immense plage.

Une plage qui s’étendait jusqu’aux horizons.

 

Même si quelques montagnettes dressaient ici ou là leurs fiers escarpements.

Sans doute pour permettre des points de vue sur toute la région.

 

Et l’on pouvait se demander comment cette langue de terre sableuse

pouvait se maintenir contre la houle sans cesse renouvelée.

 

Laissons de côté cette énigme géologique.

 

 

 


Notre homme était donc paysan.

Mais que faire pousser en ce lieu si particulier ?

 

Ne cherchez pas, une seule plante pousse et même prospère ici :

la vigne.

 

Notre homme était donc vigneron.

Ses parents étaient vignerons

Il avait appris le métier de vigneron comme on apprend à marcher.

Aussi aimait-il ce métier comme on aime respirer.

 

Et respirer, ça, il pouvait.

 

La région était très peu peuplée, et sa maison,

où il vivait avec sa femme et son unique enfant, un garçon,

était pour ainsi dire comme perdue au milieu de nulle part.

 

D’un côté la mer, rejoignant l’infini.

De l’autre côté, un étang plus grand  que le plus grand des lacs.

De l’eau salée le remplissait.

Cet étang côtier était en fait  ue lagune.

Il grouillait de vie. Poissons, crustacés, oiseaux.

 

Plus loin encore, barrant l' horizon vers le nord,

une ligne de vraies montagnes, celles là, nimbées de violet.

 

 

 

 

                    sete--etang.jpg 

 

 

 

 

 

 

 

Notre homme était donc vigneron.

 

Mais même si la vigne était sa vie,

(Il la bichonnait toute l’année,

et la vendange était un énorme travail )

il faisait d’autres choses.

 

Il cultivait des asperges.

 

Il travaillait aussi à la  récolte du  sel,

en créant des pièges où le flot amer était retenu,

pour le livrer à l’ardeur du soleil.

 

Enfin il avait un grand jardin où légumes et fleurs prospéraient

dans un joyeux  méli mélo digne du jardin d’Eden.

 

Toute sa vie, cet homme s’est donc occupé de sa terre,

aussi précieuse et aussi féconde que le ventre d’une femme.

 

Il est difficile de réaliser la symbiose qui se crée entre un tel homme

et la terre qu’il a véritablement épousée.

 

Son fils s’est marié, s’est installé dans la région, a eu deux filles.

 

Ces deux petites filles adorèrent leur grand père.

A chacune de leurs vacances, elles venaient chez lui.

Sa maison était le plus beau château du monde

et il se cachait au milieu du paradis !

 

Deux anges descendus du ciel n’auraient pas autant rempli de joie cet homme

que la venue de ces deux petites filles.

 

 

 

 

 

Las…..

 

Tout cela s’est brisé le jour fatal que voici.

 

Le propriétaire du terrain…

 

Je dis le propriétaire…mais non…..

il faut dire la compagnie  propriétaire de tout l’espace....

 

a appliqué seulement la loi :

Cet homme avait atteint l’âge de la retraite, c’est tout.

Un salarié qui arrive à l’âge de la retraite n’a aucun choix.

Il doit quitter les lieux.

 

On a transporté cet homme dans la ville voisine,

en le relogeant dans un minuscule appartement,

si petit qu’il ne put y faire entrer le plus petit de ses vieux meubles,

burinés par les ans et l’usage.

 

Rien d’inhumain en apparence.

Rien d'illégal.

 

Sauf que cet homme ne reconnaissait plus rien,

plus rien en cette ville où il avait été déporté.

 

Son monde à lui, il l'avait perdu,

perdu à jamais.

 

Des rues,

des escaliers,

des murs de béton….

du monde,

beaucoup de monde,

beaucoup de bruits….

 

Où donc était l’oiseau de proie,

appelant sa compagne dans les hauteurs du ciel ?

 

Où étaient donc passées ses gentilles poules, si familières,

qui avaient la prévenance de pousser la chansonnette

pour lui annoncer l'oeuf frais déposé dans la paille de leur nid ?

 

Et où les lapins

qu’il nourrissait des herbes arrachées dans son grand jardin ?

 

Cette fois c’est lui qui était en cage.

 

Dans un brouhaha incompréhensible.

 

Au milieu de gens agités.

 

Lui qui était comme un oiseau sauvage,

il avait l’impression qu’on lui avait coupé ses deux ailes,

et qu’on l’avait jeté dans une cage.

Une véritable prison.

 

Il étouffait,

était comme perdu.

 

 

L’une de ses petites filles m’a écrit ces mots

et je vais en reprendre quelques uns :

 

 

Il avait l'habitude de regarder le soleil se coucher sur l'étang.

Il s’essuyait alors le front du revers de sa main,

et on pouvait lire une immense fatigue sur son visage.

 

Le soir, il s'allongeait dans son jardin

pour délasser son dos douloureux

et contempler les étoiles,

lisant dans les nuages le temps qu'il ferait le lendemain.

 

C'était un homme de la nature,

qui faisait corps avec elle

et qui s'est retrouvé enfermé dans ces logements modernes mais si froids….

 

Il passait des heures à regarder au dehors, les yeux éteints, tristes,

la vie s'était retirée de  lui brusquement,

l'envie de vivre aussi.

 

Je n'ai pas parlé de sa femme.

Evoquons là en quelques mots.

Elle est morte la première.

 

 

C'était un couple fusionnel.

Ma grand-mère l'admirait,

soignait ses mains crevassées par le sel,

elle l'adorait.

 

Et cette vie à deux, au lieu de les lasser,

les rapprochait chaque jour davantage.

Ils étaient indispensables l'un à l'autre.

 

Et ils ont continué dans leur "cage"...

elle souffrait de le voir souffrir, sachant qu'il était malheureux,

et lui "tenait le coup" pour elle.

 

C'était très émouvant, ils se sont resserrés encore plus.

 

Quelle étrange vie ... et mort.

 

Lui qui avait tant supporté la solitude toute sa vie

tant que sa compagne était avec lui

ne l'a plus supportée lorsqu'elle est morte !

 

On a de suite compris qu'il ne survivrait pas !

 

Ma grand-mère est morte début Janvier

et mon grand-père au mois d'octobre,

neuf mois après,

neuf mois...

neuf mois d'un désespoir infini

 

 

Une telle fin,

après une telle vie,

une vie si belle,

qu'en penser ?

 

 

 

 

 

 

                                                              ***

 

 

 

 

 

Vigneron, mon ami,

en ton honneur, je lève mon verre.

 

 

 

 

                vin-listel.jpg

  

 

 

 

Buvons à nos joies

et à nos douleurs.

 

 

 

***

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                              

 

 

Commenter cet article

Danielle 12/12/2014 11:24


Bonjour pinson, comme bien souvent je me promène sur ton blog et je tombe sur cet article magnifique et qui me touche énormément. J'ai essayé de l'imprimer mais je n'y arrive pas, alors je
voudrais te demander : surtout ne l'efface pas stp dans ton "nettoyage", tu sais combien j'y tiens ! Il y a tant de vérité dans ces lignes écrites avec une grande délicatesse... merci !!! Gros
bisous pour toi. Danielle

kasimir, dit pinson déplumé 12/12/2014 14:48



Rassure-toi, Danielle !


je ne vais pas  enlever ce texte !


Il me touche moi aussi profondément


Je vais même te l'mprimer et te l'envoyer


avec, en même temps, des bisous.



Sounick 03/05/2012 21:53


Magnifique cette histoire qui évoque un déracinement profond ! Arracher des racines si profondément implantées ne peuvent pas reprendre ailleurs ... c'est évident ! Malheureusement c'est souvent
la vie de ceux qui ne peuvent s'offrir des terres ! Par contre on assiste souvent l'inverse ... des citadins à la retraite à la campagne ! C'est le cas d'un oncle chez qui j'ai passé deux jours
dans le Berry ! Une maisonnette toute simple au milieu de 3 ou 4 maisons sur une terre plate à perte de vue (les photos que j'ai mise sur mon blog !) Un couple qui veillit ... une complicité
exemplaire ! Ils sont heureux mais je crains la séparation lorsque la mort viendra pour l'un d'entre eux ! J'admire ce tonton , cette tata si simple mais si conviviaux !  C'est la vie dit-on
mais vraiment j'admire ces couples si soudés !

kasimir, dit pinson déplumé 04/05/2012 08:51



Tu évoques là une autre possibilité, heureuse celle-là


quelle variété dans nos devenirs possibles !



Mari jo 01/05/2012 17:14


Bonjour pinson déplumé,


Une histoire pleine de tendresse et très émouvante.


C'est bizarre mais quand il m'arrive de penser à nous plus vieux, je me vois ainsi avec mon mari quand nous serons très vieux. Lui à 69 et moi
56ans.


Oui, c'est étrange ton histoire.


Bise à toi pinson déplumé et bonne fin d'après-midi.

kasimir, dit pinson déplumé 01/05/2012 19:13



une étrange histoire, oui


mais à bien regarder, chacune de nos histoires est bien particulière aussi .


Essayons de faire pour que demain soit au mieux.



gazou 01/05/2012 08:19


Qu'en penser?  Je ne sais...Leur vie a été belle...Pourquoi ces derniers mois si tristes? Pourquoi ont-ils dû vivre cela ?  Ce fut une longue agonie et c'est le reste de leur vie
surtout qui importe;


Et tu leur rends un bel hommage

kasimir, dit pinson déplumé 01/05/2012 10:05



Nous sommes loin en effet de la légende de Philémon et Baucis.


Aucune loi n'est inscrite dans le ciel, qui obligerait les humains à finir ainsi, dans la détresse affective.


Reste la question: pourquoi ce fut ainsi ?


Comment pouvons nous imaginer et construire une société où les choses se passent différemment ?


On a encore bien du travail à faire pour rendre plus humaine, et heureuse, notre "civilisation".



erato:0059: 30/04/2012 23:38


Une histoire belle et triste qui est le reflet de la vie de beaucoup de personnes âgées de nos jours qui sont placées dans des institutions où , soudain , elles sont coupées de toute activité
extérieure et qui glissent dans l'indifférence totale.


C'est le problème des personnes qui ne prévoient pas l'avenir et qui sont prises au dépourvu. Et maintenant , les familles sont éclatées et plus personnes n'accueillent leurs parents.


Un beau couple , bel exemple de tendresse , de respect , d' osmose  ..... Pauvre vigneron , comment vivre seul , déraciné , sans activité et sans utilité ..... il a bien choisi.


C'est triste de ne pouvoir choisir sa vie .Ce conte m'a beaucoup émue.


Douce nuit, bises Pinson

kasimir, dit pinson déplumé 01/05/2012 09:56



Tu as raison d'évoquer les "maisons de retraites"


vaste question


si le couple est encore vivant, et chaleureux, il semble que de belles réussites soient possibles, avec peut-être des formules différentes de la simple
maison de retraite (mais avec une certaine autonomie de vie...)


mais de fait cela demande une prévision, une préparation, et beaucoup de circonstances favorables.


Ce n'est jamais gagné d'avance.


Et le caractère un peu dramatique de la situation n'est peut-être pas réellement évitable.


Oulala, dans quel sujet difficile ai-je dirigé nos pas !!!!


bises du premier mai.



Jackie 30/04/2012 21:21


Qu'en penser ? Beaucoup d'admiration et de respect pour cet homme, qu'il ne méritait pas ce qui lui est arrivé. Mais qui sur cette terre peut prétendre avoir la fin qu'il mérite ?
Notre vie n'est que mystère et questions sans réponses .


Je ne sais pas si j'ai le coeur à trinquer, car les destins comme celui-là et bien pires  sont légion ....Et nous sommes bien impuissants face à ça....


Heureusement ta peinture est colorée....

kasimir, dit pinson déplumé 30/04/2012 22:42



oui, à l'évidence, cette situation de déshérence est affreusement commune,


même si à chaque fois c'est une histoire unique.


Mais trinquer, boire ensemble, ne signifie pas que l'on a vaincu et extirpé le mal


cela signifie seulement que l'on renoue la relation, qui n'aurait jamais due être brisée.


Si le lien est rétabli, c'est la vie qui revient,


comme quand l'eau revient dans une terre assoiffée.



Danielle 30/04/2012 17:42


Quelle histoire touchante de cet homme dont le bonheur de vivre a été brutalement interrompu pour basculer dans l'enfer du déracinement, de "l'exil", dans une vie d'enfermement et de souffrances.


Ce vigneron à la vie si simple, comblé par le contact étroit avec la nature malgré un dur labeur, qui a donné le meilleur de lui-même pour faire vivre "sa" précieuse terre, la faire fructifier,
prospérer par des gestes remplis d'amour et de respect. Je l'imagine cet homme libre, un peu farouche, solitaire, dont le coeur débordait de joie et de tendresse en serrant dans ses bras deux
petites-filles qui l'adoraient et à qui il a du transmettre cet amour de la nature, la plus belle des richesses. Puis, implacable, le couperet tombe : il faut partir, quitter ces lieux bénis où
il a vécu si heureux, abandonner son jardin, sa maison, ses meubles, son monde ... pour se retrouver reclus dans un logement minuscule, entouré de béton, d'agitation ... Une vie si riche, une
mort si triste : un véritable naufrage, c'est intolérable ! Je lui adresse ces mots : Admiration-Respect-Tendresse et Merci ! Puissent-ils parvenir jusqu'à lui ! Et merci à toi pinson
d'évoquer le souvenir de cet homme ... il le mérite ! Gros bisous. Danielle

kasimir, dit pinson déplumé 30/04/2012 22:24



Coucou... te revoilou !


Ta réapparition ne pouvait pas me faire plus plaisir pour ma fête.


C'est la deuxiéme aujourd'hui.


Et de retrouver un ami que l'on croyait perdu, c'est peut-être le meilleur cadeau qui puisse être fait à quelqu'un.


Dans le fond, c'est la même chose que pour cet homme.


Tout autour de lui ; les animaux, les plantes, la terre de ses vignes, les cailloux et la poussière du chemin même, de ces chemins que ses petites filles
sillonnaient en vélo, faisant monter derrière elles un sillages de poussières dans la violente lumière du soleil d'été.....


tout cela était pour lui comme un langage d'amour.


Imagine sa joie s'il avait pu retrouver cela !


C'est pareil pour chacun de nous quand nous retrouvons un ami.



telos 30/04/2012 17:14


ouf heureusement que je suis passée.. pour le verre.. trinquons.. j'ai apporté un cake au camembert!!...mais on trinque au plaisir de se voir et à l'instant.. le reste pft pft c'est fini!!!

kasimir, dit pinson déplumé 30/04/2012 22:13



Le temps de l'amour, Télos, n'est pas le temps du calendrier.


Oui, le passé c'est fini.


Mais l'être que nous sommes n'est pas comparable à un tas de sable dont les grains seraient séparés et indépendants les uns des autres.


Les "instants" de notre vie ne sont pas des grains de poussieres que le vent pourraient disperser.


Nous sommes plutôt comme des diamants aux multiples facettes.


Il y a de nombreuses facettes, mais un seul diamant.


Ton passé fait partie de toi.



fan 30/04/2012 12:57


... je vit dans une région de vigne, là, où on parle du vin avec émotion. Où tout les 25 ans, la "fête des Vignerons" à Vevey, est un spectacle pour toute la Suisse et connue par dessus des
frontières. Ton "conte" me fais penser au paysan d'Asie, ceux qui cultivent le riz et où les rizières sont assecher par des compagnies de fric, pour planter des palmiers, pour extraire l'huile de
palme qui est nocive pour la santé. Il n'y a plus de pâtisseries, chocolats, aliments pour nourrissons, sans ce poison!


Et je pense aussi aux indigné d'Espagne, où les familles sont éjecter dans la rue, ceux qui ne peuvent plus payer le loyer...


Indignons nous, et buvons un verre de vin, pour un meilleurs monde!


Belle journée, Kasimir


 

kasimir, dit pinson déplumé 30/04/2012 22:02



Curieux...


j'écrivais ces lignes comme pour relater une histoire unique.


Et elle l'est bien en un sens.


Mais d'une autre façon c'est la même souffrance qu'endurent des milliers, des millions de gens.


J'ai l'impression que revient vers moi comme la vague d'un tsunami.


Quel volcan sous marin ai-je donc réveillé ?


Notre monde humain serait -il perché sur un volcan ??? 



héléne 30/04/2012 12:43


Aprés avoir lu la vie de cet homme, que de tristesse, de désespoir même il a dû ressentir en se retrouvant "encagé" dans la ville de béton.


 


Comme les oiseaux, il aimait être libre, il accomplissait son travail pénible avec bonheur, et s'il était fatigué, rêver sous les étoiles...


Ces deux êtres s'accrochaient l'un à l'autre dans la solitude, combien dans les mondes de ces cas indignes où l'on déolace les hommes comme des objets de brocante!


 


Ton conte est très symbolique....


Merci*Hélène

kasimir, dit pinson déplumé 30/04/2012 21:51



Oui Hélène,


nombreux doivent être les gens qui souffrent; le plus souvent en silence


de vivre dans un monde qu'ils n'habitent pas vraiment,


où le bruit que fait le vent ne veut plus dire : je t'aime.


Notre vie a besoin de baigner dans l'amour.



Ptitsa* 30/04/2012 12:29


Je trinque avec toi. Tu sais toujours aussi bien raconter, avec beaucoup d'émotion.

kasimir, dit pinson déplumé 30/04/2012 21:46



tcnin tchin , Ptitsa


en l'honneur du vigneron !



Capucine78 30/04/2012 12:06


C'est un article magnifique que tu nous présentes ce matin, ces lignes expriment la vie, un bonheur immense, celui de travailler dans la liberté, la nature, de faire un travail pénible mais aimé
et puis, arrivé en fin de vie, être arraché à cette nature rayonnante et enfermé dans ces petites cages toutes identiques, sans arbres, sans ces immenses étendues qui faisaient le bonheur de cet
homme, quelle souffrance a du être la sienne. C'est exactement ça, un oiseau libre que l'on enferme, que l'on emprisonne et qui se sent mourir petit à petit par étouffement. C'est triste de finir
ainsi, et la mort de sa femme c'est une autre forme de solitude, plus douloureuse encore. Ce récit me remplit de tristesse et de compassion quand j'imagine cet homme libre, réfugié derrière sa
fenêtre, avec dans le regard certainement l'image de ce qu'il a vécu et perdu : des horizons grandioses et un bonheur infini. C'est beau Kasimir et tes deux dessins sont touchants. Avec toi, je
lève aussi mon verre au souvenir de cet homme ! avec émotion. Grosses bises.

kasimir, dit pinson déplumé 30/04/2012 21:43



Tu sais, en écrivant son histoire, elle m'arrivait comme une flèche qui m'aurait atteint.


C'est idiot n'est-ce pas puisque c'et moi qui écrivais.


Il me suffisais d'arrêter d'écrire et d'aller faire autre chose.


Et bien non, c'était plus fort que moi, il fallait que je poursuive.


J'aurais pu aussi me dire : et bien à quoi bon, cet homme est mort.


Ses souffrannces, oui c'est triste, mais on y peut plus rien/


Et bien non : je pense que l'on y peut quelque chose.


Ne me demande pas quoi : je ne sais pas.


Mais je pense que nous nous connaissons,


au travers même  de l'espace et du temps


qui semble nous séparer d'une façon absolue.


Le message de cet homme nous parvient,


et il est important, et pour lui et pour nous, que nous le recevions.


Bisous.



sittelle 30/04/2012 12:01


Mon oncle avait été déraciné également à l'âge de soixante dix ans, contraint d'aller habiter dans les Hautes Alpes, lui le fils d'une famille de plaines et vallées d'Ile de France; il s'en est
rongé le sang, dès la prévision du départ. Les vieilles expressions ont du sens. Et que faire, nous enfants ou familles ? ils n'avaient pas l'habitude d'anticiper les choses comme nous le
faisons de nos jours, et nous nous sentons coupables des changements de cette société inhumaine, que nous subissons tous. merci Kasimir, passe une belle journée

kasimir, dit pinson déplumé 30/04/2012 21:09



Un immense problème pour nos sociétés modernes.


Même si la déportation, les déplacements de populations, les exils ont existé de tous temps.


Il réapparaît sous d'autres formes.


Mais l'angoisse du déracinement est la même.



héléne 30/04/2012 11:25


Suis en admiration devant ton dessin, un vrai jardin d'Eden où il faisait bon vivre...Je reviendrai pour lire la longue vie de ce vigneron, avec lenteur pour bien m'en imprégner.


 


Bises au Pinson conteur de rêves....


Hélène

kasimir, dit pinson déplumé 30/04/2012 21:02



Eh oui : c'est l'histoire de toute une vie.


C'était un peu une gageure de tenter de la résumer en une page


il serait plus facile en fait d'en écrire 60 pages.



je suis toujours étonné, quand j'ai connaissance du parcours d'une vie, en réalisant qu'il y a matière à un roman aussi passionnant que le plus célèbre de
toute la littérature.


Aucune vie n'est banale.


Seulement méconnue, méprisée.


Bises, Hélène.



Catherine D 30/04/2012 11:08


Inhumain traitement... je reconnais bien là quelques méthodes barbares, mais j'esspère que ça n'est pas comme ça partout !
Le déracinement est une chose terrible, me parents l'ont vécu, quelle énergie pour s'en remttere.
La vie-la mort, quels sujets ...
bonne journée, ill fait beau !!!

kasimir, dit pinson déplumé 30/04/2012 20:57



Sujets pas faciles


et quand je les ai abordés,


je me demande ensuite ce qui m'a pris !


Ceux qui surmontent leur déracinement dans leur vie... oui , chapeau.


Un problème à tout âge (les émigrés)


Cet aspect là ne semble jamais pris en compte dans nos sociétés.


Bonne semaine Catherine.



Josiane 30/04/2012 11:04


Poignant.......

kasimir, dit pinson déplumé 30/04/2012 20:51



Moi aussi, en l'écrivant, j'ai craqué !


C'est bête, non ?