Le Corbeau et le Renard.

Publié par kasimir, dit pinson déplumé

Le Corbeau et le Renard.

S'il est une fable connue de tous,

c'est bien celle-ci.

Et pourtant, elle nous charme toujours autant ?

Elle nous vient d'Esope

elle appartient à tous les peuples.

Le Corbeau et le Renard.
Maître Corbeau sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard par l’odeur alléché
Lui tint à peu près ce langage :
Et bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phenix des hôtes de ces bois.
A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie :
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s’en saisit, et dit :
Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute.
Cette leçon vaut bien un fromage sans doute.
Le Corbeau honteux et confus
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.


Comme c'est simple, facile, léger !

Ceci quant à la forme.

Pour ce qui est du sens,

il semble évident.

Tout de suite nous nous disons : comme c'est vrai !

Et de nous souvenir de nous être souvent "fait avoir"

par quelque beau parleur,

par une personne d'allure sincère, dévouée,

empressée à promouvoir notre bien,

louant nos exceptionnelles qualités,

nous assurant de la vitale importance que nous avions pour elle

... du caractère si précieux de notre petite personne !

Comme il est doux de se faire caresser dans le sens du poil !

Il ne nous en faut pas plus

pour sentir dans notre dos un grand frisson de joie !

Enfin notre valeur

(dont nous ne doutons pas :

ne sommes-nous pas la personne la plus importante au monde ?)

est reconnue.

Mais voilà, cette personne qui nous louait si fort, qui nous portait aux nues,

qui nous assurait de son amitié éternelle,

pas plutôt obtenu le bienfait qu'elle attendait...

voilà que nous n'existons plus pour elle !

Et qu'elle disparaît... jusqu'à la prochaine fois.

Regardez cette gravure,

elle résume tout La Fontaine !

Pourquoi l'illustrateur a-t-il introduit un couple humain en arrière plan ?

Simplement pour meubler le paysage ?

Non bien sûr.

C'est de nous dont il est question.

De nos relations.

L'illustrateur semble suggérer là que, même dans nos relations disons galantes,

il se pourrait bien qu'une telle intention soit à l'oeuvre.

Oh ! Je ne veux pas dire toujours !

Je crois aussi à la sincérité de nos émotions.

A la vérité de l'amour qui, quelquefois, l'emporte.

Mais enfin... il pourrait se faire que... parfois....

au moins inconsciemment...

Une autre illustration de ce conte est encore plus étrange ...

et plus directe :

Que peuvent se dire ces deux jeunes femmes ?

Et que pensent-elles, sans le dire ?

Apparemment le thème continue de plaire.

De quel "fromage" le flatteur,

qui est ici une flatteuse, une "renarde",

de quel fromage veut-elle s'emparer ?

La jolie brunette a peut-être déjà été piègée

elle a l'air inquiète...

Les domaines où se joue et se rejoue cette scène

sont multiples.

Par exemple dans cet empressement à nous venir en aide

pour notre plus grand bien,

que ce soit pour notre santé

ou pour le bon fonctionnement de nos ordinateurs,

le procédé est le même.

Nous sommes agréablement étonnés que tant de bons samaritains

se préoccupent de nous, et gratuitement !

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Les corbeaux naïfs que nous sommes finissent par se méfier !

Je me demande même si cela ne joue pas aussi dans les familles.

Dans les fratries.

Et plus encore quand se profile le temps de l'héritage.....

Plusieurs procédés sont à envisager pour s'emparer du fromage...

ou de la plus grande partie possible du fromage.

La flatterie en est un.

Toutefois il ne serait pas juste

de considérer que ce sont seulement les autres

qui seraient capables d'un tel calcul.

Et que nous mêmes serions d'une parfaite pureté dans nos intentions,

indemnes de toutes visées égoïstes.

Oh, j'accepte l'idée que nous croyons l'être :

que nous sommes persuadés que jamais

nous ne ferions comme ce renard.

Consciemment... peut-être.

Mais il faut voir plus profond.

Il se pourrait bien que nous soyons aussi, parfois,

le renard.

N'est-ce pas, fillette ?

Une chose sur laquelle nous sommes, par contre, tous d'accord,

c'est que le vrai fromage...

c'est vraiment bon !

***