- La mouche de Mai : l'odyssée d'une espèce qui vient du fond des âges -
Je voudrais revenir sur ce petit insecte que nous appelons éphémère
vu la brièveté de sa vie
mais qui porte aussi le joli nom de "mouche de mai".
C'est un insecte bien particulier
en fait un fossile vivant
et bien vivant, du moins pour l'instant....
mais pour combien de temps ?
Vous allez peut-être dire que son sort vous importe peu.
Voire....
Pourquoi est-ce un fossile vivant ?
Parce que c'est la plus ancien insecte volant
que nous pouvons voir vivre aujourd'hui sur la planète.
Il est apparu au Carbonifère, soit il y a 280 à 350 millions d'années.
Rien que ça.
Il vivait bien avant que n'apparaissent les premiers dinosaures.
On dit qu'il est un " paléoptère ".
Alors si vous le voyez, songez à l'histoire de la terre !
C'est un insecte primitif.
Son corps est mou.
Ses ailes, finement nervurées et rigides, transparentes,
ne peuvent se rabattre sur son corps, au repos,
mais restent tendues, à la verticale.
Rien à voir avec la moderne et sophistiquée coccinelle,
qui replie ses ailes comme des parachutes
et les cache sous ses élytres.
Il fréquente les zones humides.
Zones d'eaux douces exclusivement.
Naissant dans l'eau, il y vit à l'état de larve
pendant une durée qui peut aller jusqu'à 3 années.
Cette larve aquatique est munie de pièces buccales broyeuses
grâce auxquelles elle mange à peu près tout ce qu'elle trouve.
Ce temps de croissance passé, au mois de mai (ou juin),
une mue se produit,
et l'insecte ailé apparaît.
Mâle ou femelle...et la fête commence.
Ce sont des millions d'individus qui envahissent l'air.
En haute Seine, il arrive que certaines routes, le long des cours d'eau,
soient interdites à la circulation, pour éviter les accidents de la route.
Au Québec, ce sont des nuées formées par des milliards d'insectes
qui se forment dans certaines zones,
réduisant la visibilité routière, obstruant les climatisations.
Ce qui nous permet d'imaginer ce qui pouvait se passer au carbonifère !
La fête commence.....
Mais elle sera très brêve.
Car figurez-vous que cet insecte primitif, parvenu à l'âge adulte,
n'a ni bouche ni tube digestif.
Il cesse donc de s'alimenter.
Son occupation unique : copuler, se reproduire.
Dès qu'elles sont fécondées, les femelles pondent dans l'eau.
Puis meurent.
Elles n'auront vécu que quelques heures !
Alors à quoi sert cette espèce ?
A l'alimentation des poissons.
Des chauves souris aussi.
Probablement de certains oiseaux.
C'est pourquoi on a dit qu'elle forme un " plancton aérien " .
On lui a donné aussi le nom de "manne" :
manne blanche, ou manne rouge
(selon les espèces, qui sont nombreuses:
on dénombre 3000 espèces dans le monde).
Mais ce plancton, cette manne,
qui a résisté à tout pendant 300 millions d'années,
même aux astéroïdes géants;
montre des signes d'affaiblissement soudain,
depuis une cinquantaine d'années.
Ces petites bêtes n'aiment pas nos pesticides.
Allons-nous les anéantir ?
On va s'arrêter où ?
Que voulons-nous ?
Des rivières sans poissons ?
Un ciel sans oiseaux ni abeilles ?
Quand nous aurons tué le dernier moustique... il n'y aura plus d'hirondelles.
Avant de vous quitter, je voudrais vous raconter quelque chose d'extraordinaire.
Avant même que les poissons ne les mangent,
ces pauvres petites mouches de mai ont bien des malheurs.
Leur corps est souvent parasité par un nématode, un petit ver, quoi.
Et il est malin ce petit ver.
S'il parasite une femelle... la vie est belle.
Quand la femelle, une fois fécondée, revient pondre à la surface des eaux.
hop !
prestement le petit ver saute dans l'eau,
et il peut poursuivre sa vie qui est également aquatique.
Le danger pour lui, c'est de parasiter un individu mâle.
Car ce gros benêt, après avoir fait son devoir conjugal.......
il va aller mourir n'importe où,
sur une écorce, dans une fleur de valériane.
Et c'est la fin pour ce petit ver.
Mais voilà : le minuscule nématode est un vrai magicien !
Il sécrète des substances qui vont faire croire à son hôte qu'il est une femelle.
Et la grosse bête (tout est relatif !) va se croire obligé...
d'aller pondre dans l'eau.
Il ne va rien pondre du tout,
mais le petit ver ne va pas demander son reste :
il fait plouf,
et sauve ainsi sa vie !
Il est aussi astucieux
qu' est patient l'entomologiste qui a trouvé ça.
Chapeau tous les deux.