Promenades philosophiques - 14 - L'illusion vue par la Torah et par l'évangile -
Revenons à Parménide.
Nous étions parvenu à cette image énigmatique :
"Les verrous à double mouvement"
Que signifie ce "double mouvement" ?
Est-ce seulement pour nous dire que ces verrous peuvent s'ouvrir ou se fermer ?
Ce serait de peu d'intérêt.
C'est bien plutôt pour indiquer que la Justice (l'ordre du monde)
qui est une déesse " irréductible "
peut décider de faire passer un être humain
aussi bien dans un sens que dans l'autre.
De faire passer l'homme de l'obscurité (de l'ignorance)
à la lumière (à la connaissance)
ou l'inverse,
c'est-à-dire qu'elle peut, aussi, provoquer l'illusion.
Aucun progrès n'est définitif.
L'homme ne peut pas s'établir d'une façon stable dans la vérité.
Le "chemin" est à parcourir sans cesse.
On ne "possède" pas la vérité
pas plus qu'on ne "possède " une femme , et son amour,
c'est un chemin à reprendre sans cesse.
Si un jour on croit que ça y est, que l'amour est devenu une institution stable
(garantie par la loi !)
ce jour là, l'amour meurt.
C'est comme le faisant que le chasseur a tué en plein vol :
il n'est plus qu'un cadavre à ses pieds.
L'homme ne peut "posséder" que des cadavres.
Il ne peut en aucun cas posséder la vie.
Il en est de même pour la connaissance :
elle est dynamique, pas statique.
Les chrétiens, imbus de leur foi (et de leur puissance temporelle)
ont décidé que les dieux non chrétiens n'étaient pas "bons":
seul leur dieu ( d'Abraham, de Moïse et de Jacob) est bon,
sa bonté est absolue,
ce n'est pas lui qui tromperait l'homme.
On voit bien par là que les chrétiens n'ont lu ni la bible ni l'évangile,
et que, s'ils en ont lu des passages (quelques-uns),
ils ne comprennent que ce qu'on leur a dit de comprendre.
Ouvrons la Torah.
Nous voyons dans le récit de l'Exode
que le Seigneur " endurcit le coeur du Pharaon "
de telle sorte qu'il ne se laisse pas convaincre par Moïse,
ce qui déclenche toutes les catastrophes que l'on sait.
La lecture de l'évangile est tout aussi instructive.
En Matthieu 13, 10-15, nous entendons de Jésus lui même
une déclaration qui peut surprendre :
Il y a quelque chose de révoltant dans cette attitude de la supposée divinité,
décrite par Isaïe, et reprise pas Jésus.
Mais cela rejoint Parménide (qui parlait 3 siècles avant Jésus).
Il me semble que cette idée,
selon laquelle la divinité peut
soit créer l'illusion et y maintenir l'humanité,
comme la MAYA des hindous,
soit accepter que les hommes y vivent,
quitte même à les y pousser un chouya,
il me semble que cette idée n'est pas présente chez les philosophes grecs,
en particulier chez Parménide.
En tout cas est présente chez euxl'idée
que l'homme peut échapper à ce Dieu là
et sortir de l'illusion.
C'est ce que nous allons voir dans la suite du poème :
de quelle façon, presque ludique, la difficulté va être contournée,
et ce que cela indique sur la façon pratique de se comporter.
Le travail des philosophes grecs ( de beaucoup d'entre eux )
a été de tourner en dérision tous ces personnages fictifs qui peuplaient l'Olympe,
en quelque sorte de démythologiser la pensée,
et de chercher à percer, à découvrir les mécanismes à l'oeuvre dans l'illusion,
pour s'en libérer.
En ce sens le juif Sigmund Freud est dans la droite ligne
de ces penseurs grecs, 3 siècles avant notre ère.
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