- Conte Jean Jean, réflexions - 1 - Je le veux - Mise au point !!! -
La parole est terrible !
On croit qu'elle est simple, limpide, qu'elle dit une chose juste,
et il se révèle qu'elle peut dire quelque chose d'horrible,
qu'elle peut être comprise à l'opposé de ce que l'on croyait.
Ainsi le " je le veux !" à la fin de ce conte.
Si cela signifie : "je veux devenir un passeur de lumière"... c'est l'horreur !
Volonté de puissance, de supériorité, de possession d'un pouvoir.
Autant dire : je veux être roi, je veux être un grand homme,
le meilleur musicien du monde, et les gens vont venir m'acclamer,
je veux être celui qui aura vaincu le cancer,le dragon, le mal dans le monde....
je veux, je veux, je veux....
je, je, je.....
Quelle stupidité !
Quelle prétention !
Quelle vanité!
Quelle puanteur du MOi !!!!
Nous sommes alors à l'antipode de Mère Térésa,
de l'homme modeste qui fait la vaisselle dans un resto du coeur,
et que personne ne connaît, dont on ne fera jamais la statue en bronze,
de la mère de famille qui fait face comme elle peut à ses multiples obligations, et élève ses mômes !
Je le veux !
Ce mot de Jean Jean ne peut même pas signifier :
je veux être bon : je veux aider les autres !
Une telle volonté est le sommet de l'absurdité, et de l'orgueil !
Alors comment comprendre le "je le veux" de Jean Jean ?
Comme ceci, à mon avis.
Je veux être Jean Jean !
Jusqu'ici, ce garçon se rejetait lui même.
Il se sentait mal né, mal nommé, mal ceci, mal cela.
Ah comme ses frères étaient mieux que lui.
Eux avait toutes les chances de leur côté.
Lui aucune !
Si l'on y réfléchit bien, c'est une position totalement égoïste.
Moi je ...
Moi je n'ai pas eu de chance !
Moi je n'ai pas eu ceci, ni cela.
Moi on ne m'a pas aimé,
moi je, moi je , toujours moi je !!!!
Quelle est donc la prise de conscience que fait Jean Jean
quand il répond à ce vieil homme,
quand il répond dans un sanglot :
je suis Jean Jean, Jean Jean c'est moi !
Il prend enfin conscience de lui même.
Non pour se plaindre de ce qu'il n'a pas reçu
mais dans l'éblouissement de découvrir qu'il EST,
qu'il existe,
qu'il est en vie,
qu'il peut vivre.
Pas vivre en regardant dans l'assiette des autres
pour voir si leur bout bout de bifteck est plus grand que le sien,
mais vivre avec un véritable trésor : lui même, l'existence.
Non pas pour se comparer une fois de plus aux autres
en disant : " je suis mieux que les autres ".
Je vais être un passeur de lumière !!!!
Ce serait rester dans la même attitude, simplement inversée.
Il ne s'agit plus des autres, là, mais de lui même.
Je suis Jean Jean !!!!
Il se découvre lui même.
C'est ça la rencontre qu'il fait.
Non pas de ce vieil homme.
Ce vieux schnock est sans importance.
Jean Jean se rencontre lui même.
C'est un rendez-vous d'amour avec lui même.
Enfin il s'aime.
On ne peut pas vivre si on ne s'aime pas.
On survit seulement, tout en râlant contre l'injustice du sort.
On emmerde les autres et on s'emmerde soi-même.
C'est pas une vie ça !
Je jour où l'on se découvre soi même, c'est un soleil qui se lève et nous éclaire.
Le soleil de la vie.
Alors comme Jean Jean, on peut dire "je le veux"
= je veux être qui je suis, je me prends en charge.
Je prends ma vie en charge
Je suis un navire, et capitaine de ce navire.
La vie, elle m'a été donnée, et j'étais passif .
D'où la phrase : je n'ai pas demandé à naître.
C'est exact.
Et on peut refuser la vie que l'on nous a donné sans nous demander notre avis !!!!!
Mais on peut aussi dire : et bien oui, cette vie, je l'accepte avec joie.
Alors on s'aime soi même tel que l'on est :
fille ou garçon , grand ou petit, chauve ou chevelu....peu importe !!!!
On sort du monde de la comparaison et de la revendication
pour entrer dans celui de l'émerveillement.
C'est passer du jour à la nuit.
C'est naître véritablement.
Et cette fois volontairement :
C'est cela le sens du "je le veux" de Jean Jean
J'ai encore autre chose à dire, mais j'ai été trop long déjà, alors je m'arrête !
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