- Un conte pour tous les humiliés de la terre : " Le passeur de lumière" - 3 : L'étranger -
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Et c’est là, au moment où il s’y attendait le moins,
qu'il fit une étrange rencontre.
Par une morne après-midi, pour tromper son ennui,
Jean-Jean se rendit dans la forêt.
« Oh-là ! » cria soudain un homme derrière lui.
Jean-Jean se retourna, étonné de rencontrer un étranger par ici.
« Vous m’avez appelé ? »
répondit-il avec quelque inquiétude.
« Oui, toi, attends-moi »
lui cria l’homme, tout essoufflé.
Jean-Jean hésita un instant,
mais la proximité du village le rassura.
Il s’arrêta pour permettre au voyageur de le rejoindre.
« Tu es bien aimable »
lui dit l’homme, en s’étouffant dans sa barbe.
Maintenant qu'il s’était approché,
Jean-Jean détaillait son nouveau compagnon.
Plutôt petit, légèrement voûté, il se déplaçait lentement.
Il s’appuyait sur un solide bâton qu’il tenait de sa main droite,
tandis qu’à la main gauche il portait une lanterne.
« Comment t’appelles-tu, mon garçon ? » demanda l’homme.
Jean-Jean devint rouge comme une citrouille trop mûre :
il aurait voulu disparaître plutôt que de répondre à cette question là.
« Et bien, aurais-tu perdu ta langue ? » reprit l’inconnu.
Les prénoms défilaient comme une litanie infinie.
Jean-Jean en avait le tournis.
Soudain, comme un automate, il répondit :
« C’est ça, oui, c’est ça.
C’est ça, oui, mais lequel ?
Pierre-Aimé » répondit Jean-Jean.
Le vieil homme eu un air étonné et dit :
« Un bien joli prénom que celui-là. »
Jean-Jean acquiesça en hochant la tête,
Ravi de recevoir un si beau compliment.
Puis il se ressaisit, de peur que l’homme ne découvre la supercherie, et dit :
« Euh…
Et vous, comment vous appelez-vous ? »