Promenades philosophiques - 15 - Tu veux... ou tu veux pas ? -
Aujourd'hui, on fonce :
la quatrième strophe en entier !!!!!
Les Vierges l'ont abordée,
avec des mots pleins d'adresse et bien doux,
et elles ont obtenu d'elle
qu'elle retirât le verrou du pêne qui maintenait la porte,
et les battants s'ouvrirent tout grands
et firent glisser les ronds
dans les écrous garnis de cuivre
et munis de chevilles et d'agrafes.
Et tout droit à travers l'ouverture,
les Vierges menèrent vite le char attelé et leurs montures.
Thémis serait-elle "irréductible " ?
Pourtant elle va se laisser fléchir, amadouer,
pour peu qu'on lui parle
avec des mots pleins d'adresse et bien doux,
A nouveau suit une description mécanique, de serrurerie cette fois,
ce qui souligne (pour la troisième fois) l'importance des "mécanismes" psychologiques.
On ne les force pas par une action violente,
en donnant un coup de poing sur la table,
mais par des mots justes, précis, bien choisis,
et prononcés avec douceur.
Puissance de la parole,
de la parole vraie :
de la parole chargée d'intelligence... et d'amour.
Que ce passe-t-il alors ?
Les portes s'ouvrent toute grandes.
Ce n'est pas un petit passage étroit, difficile à emprunter,
qu'il faudrait encore forcer.
Non, c'est un large espace.
Là où était une porte fermée, s'ouvre maintenant une large avenue.
Ceci est important.
Parmenide ne nous décrit pas une transformation progressive,
un lent processus.
La transformation se produit d'un seul coup.
Ce n'est pas une évolution laborieuse qui s'inscrit dans le temps.
C'est atemporel.
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Les deux derniers vers sont magnifiques :
Et tout droit à travers l'ouverture,
les Vierges menèrent vite le char attelé et leurs montures.
Les mots importants sont : tout droit et vite.
Car si l'ouverture est instantanée,
la fermeture peut l'être aussi.
La décision (de passer) est à prendre dans l'instant.
La réflexion, à ce moment là, n'est plus de mise.
Il se peut que de telles occasions se soient présentées dans nos vies.
Mais nos âmes craintives ont hésité, douté, tergiversé, supputé, suspicionné.
Or l'ouverture instantanée et toute grande de la porte
n'est pas compatibles avec nos atermoiements.
Peut-être même que la porte ne peut s'ouvrir
que si nous sommes prêts à la franchir,
et à la franchir d'un seul bond.
Il y a bien là dedans une logique,
et une logique "irréductible",
aussi impérative que la table de multiplication.
Car la déesse devine tout, sait tout.
Pourquoi ouvrirait-elle la porte si elle sait
que nous resterons derrière nos masques,
derrière nos barbelés défensifs,
derrière notre orgueil, notre prétention à tout savoir,
à tout comprendre, à tout contrôler ?
Cela me rappelle certaines guérisons opérées par Jésus.
Voulez -vous que je vous en évoque une ?
Ouvrons Jean 5.
Jésus va faire un tour à la piscine de Bethzatha.
Il y remarque un homme malade.
(pourquoi celui là : il y en a des centaines d'autres ?)
Celui là est malade depuis 38 ans !
Jésus lui pose une question que l'on pourrait trouver stupide :
"Veux-tu être guéri ?"
La question se justifie pourtant,
car en fait les gens ne sont pas là pour guérir,
ils sont là pour se plaindre,
de soi et des autres,
et se faire plaindre par les autres.
Ils sont accrochés à leurs maladies comme les berniques à leurs rochers.
Aussi l'homme ne répond-il pas à la question
mais il en profite pour raconter un fois de plus sa petite vie merdique
qu'il aime tant !
qu'il n'envisage pas plus de quitter qu'un fumeur ne veut quitter sa pipe.
Malgré sa réponse dilatoire, Jésus lui accorde une autre chance.
Mais cette fois il ne pose plus une question : il lui donne un ordre :
" Lève-toi, et marche ! "
Cette fois, c'est à prendre ou à laisser.
Il n'y aura plus rien après.
Jésus aurait pu lui dire :
"Décide-toi !
La porte, tu la passes, ou tu la passes pas ?
Tu veux, ou tu veux pas ? "
Supposons que l'homme ait répondu : Bof, vaut voir.....
Alors c'était fini.
Il est impensable que Jésus ait pu répondre :
" ça ne fait rien, prends ton temps, je repasserai demain "
Ce que je veux dire c'est qu'il est, dans nos vies, des instants -clés
ou il faut dire, sur le champ :
oui, je fais ça,
je me lance !
Pas le lendemain.
Alors on change sa vie !