Promenades philosophiques - 15 - Tu veux... ou tu veux pas ? -

Publié le par kasimir, dit pinson déplumé

 

 

 

Aujourd'hui, on fonce  :

 

la quatrième strophe en entier !!!!!

 

 

 

 

Les Vierges l'ont abordée,

 

avec des mots pleins d'adresse et bien doux,

 

et elles ont obtenu d'elle

 

qu'elle retirât le verrou du pêne qui maintenait la porte,

 

et les battants s'ouvrirent tout grands

 

et firent glisser les ronds

 

dans les écrous garnis de cuivre

 

et munis de chevilles et d'agrafes.

 

Et tout droit à travers l'ouverture,

 

les Vierges menèrent vite le char attelé et leurs montures.

 

 

 

 

 

promenades-phi-24.jpg

 

 

Thémis serait-elle "irréductible " ?

 

Pourtant elle va se laisser fléchir, amadouer,

 

pour peu qu'on lui parle

 

avec des mots pleins d'adresse et bien doux,

 

 

A nouveau suit une description mécanique, de serrurerie cette fois,

 

ce qui souligne (pour la troisième fois) l'importance des "mécanismes" psychologiques.

 

On ne les force pas par une action violente,

 

en donnant un coup de poing sur la table,

 

mais par des mots justes, précis, bien choisis,

 

et prononcés avec douceur.

 

 

 

Puissance de la parole,

 

de la parole vraie :

 

de la parole chargée d'intelligence... et d'amour.

 

 

 

 

 

Que ce passe-t-il alors ?

 

 

 

Les portes s'ouvrent  toute grandes.

 

Ce n'est pas un petit passage étroit, difficile à emprunter,

 

qu'il faudrait encore forcer.

 

Non, c'est un large espace.

 

Là où était une porte fermée, s'ouvre maintenant une large avenue.

 

 

Ceci est important.

 

 

Parmenide ne nous décrit pas une transformation progressive,

 

un lent processus.

 

La transformation se produit d'un seul coup.

 

Ce n'est pas une évolution laborieuse qui s'inscrit dans le temps.

 

C'est atemporel.

 

 

 

***************

 

 

 

Les deux derniers vers sont magnifiques :

 

 

Et tout droit à travers l'ouverture,

 

les Vierges menèrent vite le char attelé et leurs montures.

 

 

 

 

 

 

Les mots importants sont : tout droit et  vite.

 

Car si l'ouverture est instantanée,

 

la fermeture peut l'être aussi.

 

La décision  (de passer) est à prendre dans l'instant.

 

La réflexion, à ce moment là, n'est plus de mise.

 

 

Il se peut que de telles occasions se soient présentées dans nos vies.

 

Mais nos âmes craintives ont hésité, douté, tergiversé, supputé, suspicionné.

 

Or l'ouverture instantanée et toute grande de la porte

 

n'est pas compatibles avec nos atermoiements.

 

 

Peut-être même que la porte ne peut s'ouvrir

 

que si nous sommes prêts à la franchir,

 

et à la franchir d'un seul bond.

 

 

 

Il y a bien là dedans une logique, 

 

et une logique "irréductible",

 

aussi impérative que la table de multiplication.

 

 

Car la déesse devine tout, sait tout.

 

Pourquoi ouvrirait-elle la porte si elle sait

 

que nous resterons derrière nos masques,

 

derrière nos barbelés défensifs,

 

derrière notre orgueil, notre prétention à tout savoir,

 

à tout comprendre, à tout contrôler ?

 

 

Cela me rappelle certaines guérisons opérées par Jésus.

 

Voulez -vous que je vous en évoque une ?

 

 

 

Ouvrons Jean 5.

 

 

 

Jésus va faire un tour à la piscine de Bethzatha.

 

Il y remarque un homme malade.

 

(pourquoi celui là : il y en a des centaines d'autres ?)

 

Celui là est malade depuis 38 ans !

 

Jésus lui pose une question que l'on pourrait trouver stupide :

 

"Veux-tu être guéri ?"

 

La question se justifie pourtant,

 

car en fait les gens ne sont pas là pour guérir,

 

ils sont là pour se plaindre,

 

de soi et des autres,

 

et se faire plaindre par les autres.

 

Ils sont accrochés à leurs maladies comme les berniques à leurs rochers.

 

 

 

Aussi l'homme ne répond-il pas à la question

 

mais il en profite pour raconter un fois de plus sa petite vie merdique

 

qu'il aime tant !

 

qu'il n'envisage pas plus de quitter qu'un fumeur ne veut quitter sa pipe.

 

 

 

Malgré sa réponse dilatoire, Jésus lui accorde une autre chance.

 

Mais cette fois il ne pose plus une question : il lui donne un ordre :

 

 

 

" Lève-toi, et marche ! "

 

 

 

Cette fois, c'est à prendre ou à laisser.

 

Il n'y aura plus rien après.

 

 

 

Jésus aurait pu lui dire :

 

"Décide-toi !

 

 La porte, tu la passes, ou tu la passes pas ?

 

 Tu veux, ou tu veux pas ? "

 

 

 

Supposons que l'homme ait répondu : Bof, vaut voir.....

 

Alors c'était fini.

 

Il est impensable que Jésus ait pu répondre :

 

" ça ne fait rien, prends ton temps, je repasserai demain "

 

 

 

 

 

Ce que je veux dire c'est qu'il est, dans nos vies, des instants -clés

 

ou il faut dire, sur le champ :

 

 oui, je fais ça,

 

je me lance !

 

Pas le lendemain.

 

 

Alors on change sa vie !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Philo

Commenter cet article

rejane 27/11/2012 19:58


encore faut-il avoir conscience de cet état....

kasimir, dit pinson déplumé 27/11/2012 20:49



la "prise de conscience " est l'étape essentielle


une fois accomplie, le reste suit de lui même :


comme un rocher qui se détache (difficilement) du sommet de la montagne.


Un fois libéré de ses liens, plus rien ne peut arrêter sa route vers la vallée.



annielamarmotte 26/11/2012 06:39


j'aime bien cet épisode là moi......


sur ce je me lève et je vais lever ma tasse à café à ta santé!!!!

kasimir, dit pinson déplumé 26/11/2012 18:15



Santé !


Marmotte



erato:0059: 25/11/2012 22:13


Il faut parfois du courage et de la confiance en soi pour faire un grand saut et emprunter la voie royale. Belle soirée, bises Pinson

kasimir, dit pinson déplumé 26/11/2012 18:14



je crois même qu'il en faut toujours


pour choisir, se lancer, quitter.....



Capucine 25/11/2012 19:37


Bonsoir Kasimir, Rien ne s'obtient par la violence verbale ou physique, la réflexion, les paroles gentilles et la quiétude sont beaucoup plus efficaces. J'aime bien que tu évoques la guérison
opérée par Jésus, il y a des chances qu'il ne faut pas laisser passer car elles ne se représentent plus, la porte s'ouvre si nous sommes prêts.Bise amicale.Capucine

kasimir, dit pinson déplumé 25/11/2012 21:03



il y a une fable de La Fontaine là dessus


mais ce qui est drôle, c'est que cette même douceur s'impose vis à vis de soi même


si on veut vraiment évoluer.


Autrement dit s'aimer soi même.


Si on est méchant et violent avec soi même, on n'avancera pas.


Bises, amie Capucine;



Florentin 25/11/2012 18:49


Pourquoi faire le lendemain ce qu'on peut faire le surlendemain ? dit l'humoriste. Trève de plaisanterie, je me sens un peu paresseux quant aux décisions à prendre. Je me donne comme raison qu'on
dit nécessaire avant l'action. Mais, c'est parfois prétexte à me dégonfler. Bon, je me noircis un peu en disant tout cela. J'ai, je crois, toujours fait, au total (même si c'est après longue
réflexion) ce qu'il fallait faire. Allez, je me tire. pour lire, pour regarder la télé, pour prendre un café. Je ne sais, J'hésite. A plus. Florentin.

télé, lisant le programme pour savoir ce que tu vas 25/11/2012 21:00



impossible de ne pas rigoler avec Florentin !


je te vois devant la téle,


lisant le programme pour savoir ce que tu dois regarder


tout en buvant le café que ta douce va sûrement te préparer.


Bon, il y a beaucoup de façons d'être plus malheureux


alors je ne vais pas te plaindre !


Bonne soirée Florentin.



Danielle 25/11/2012 18:14


Les vierges ont obtenu l'ouverture de la porte avec des mots de douceur, de gentillesse ou de bienveillance certainement. En effet, je ne crois pas que l'on puisse convaincre par la violence ou
l'exigence, au contraire. Thémis se laisse fléchir par les mots justes et réfléchis, par des paroles remplies de tendresse et d'amour. Et les portes s'ouvrent en grand, la route se présente large
afin que le char avance rapidement, sans hésitation et sans obstacles car la décision est prise, il n'y a plus à hésiter, à tergiverser. Il en est de même pour notre vie ... Je ne sais pas si je
m'exprime clairement ! Je t'embrasse. Danielle

kasimir, dit pinson déplumé 25/11/2012 18:24



oui, je crois que tu as bien suivi le mouvement que j'ai cru voir dans ce texte.


Mais ce mouvement s'observe aussi dans la vie.


Persone ne peut évoluer dans une atmosphère de violence,


d'austérités imposées, de volonté exacerbée, de revendications....


C'est l'orgeuil qui nous fait croire  que nous pouvons forcer le sort


et nous forcer nous-mêmes


et en somme contraindre le dieu (que nous prétendons adorer)


à nous donner ce que nous exigeons.


Je voudrais essayer de suggérer que le chemin possible est tout autre.


bisous , Danielle.



Esclarmonde 25/11/2012 09:17


Merci de me rappeler la parabole de Jésus et du malade.


Car j'ai quelques soucis de santé (rassure-toi pas grave) depuis sans doute deux ou trois ans, des maux chroniques qui ralentit mon rythme de vie et il est fort à parier que cela vient du fait
que je n'ai pas osé ouvrir une porte moi aussi et je cherche la clé pour l'ouvrir car je pense que je me sentirai beaucoup mieux ensuite. 


Quant au message "lève toi et marche" il a été dévoyé par le "quand on veut on peux" déclamé par des gens qui ne font surtout aucun effort à d'autres qui ont réellement des difficultés... Bonne
journée ami

kasimir, dit pinson déplumé 25/11/2012 13:26




Tes ennuis de santé peuvent, comme tu le supposes, être liés à une porte non ouverte


mais ils peuvent aussi être en rapport avec autre chose.


Rien n'est vrai a priori.


Quant au fait que les paroles peuvent être dévoyées,


c'est absolument certain


et cela rend tout discours, on peut le dire, dangereux.


Vouloir (vraiment) est une chose rare.


Je reprendrai ce thème en conclusion merci de ton intervention.


Bon après midi, dans ton joli pays.  




gazou 25/11/2012 09:12


oui, la porte ne s'ouvre que si l'on est prêt à franchir le seuil...C'est très juste et cela donne à réfléchir

kasimir, dit pinson déplumé 25/11/2012 12:14



cela donne à réfléchir


et je m'aperçois qu'il difficile d'exposer ces faits d'une façon à la fois simple et claire.


Faire intervenir des cavales, des vierges, des filles du soleil, et une déesse, peut sembler résoudre le problème, mais ne résout rien du tout, en
fait. 


Je chercherai, en conclusion, une façon plus simple et rationnelle de parler.


Mais ce n'est pas gagné. 


 



Telle 25/11/2012 09:08


j'avais compris tu sais..faire son chemin c'est aussi être capable de dire je veux et même je te veux. savoir ce qui nous est nécessaire et s'en donner les moyens.


bon dimanche

kasimir, dit pinson déplumé 25/11/2012 12:09



oh je savais bien que tu avais compris !


mais comme tu faisais semblant que non, en dérivant un peu ces paroles (qui s'y prêtaient si bien !) j'en ai profité pour préciser ce point.


C'est drôle, mais nous jouons l'un et l'autre à  dire des choses à double sens !!!!


Bien sûr que , dans les décisions que nous avons à prendre dans la vie la plus concrète, il peut y avoir aussi des occasions où il est légitime de dire je
te veux.


L'expression de nos désirs n'est pas tabou. 


Bon dimanche, amie. 



Telle 25/11/2012 06:41


le " je te veux " envoyé ou reçu est un message fort

kasimir, dit pinson déplumé 25/11/2012 08:47



Ahah ! je l'ai bien cherché en citant cette expression ( de BB ? )


qui évoque évidemment une proposition sexuelle.


Mais là une distinction s'impose.


Dans le texte de Parménide , le "je veux" (que je lui prête)


désigne la volonté du sujet d'oser franchir la vitre invisible qui,


à l'intérieur de lui même, l'empêche d'accéder à la source de lumière.


Et comme je le disais, cela se situe bien au delà du sexuel.


Cela intéresse le sujet humain, et c'est tout.


Dans l'expression " je te veux", il s'agit de tout autre chose !


C'est l'expression d'un désir de possession de l'autre,


soit possession très provisoire, peut-être ponctuelle, passagère,


de l'autre en tant que complèment de ma physiologie.


Et que le "service" libidinal soit réciproque ne change rien à l'affaire.


soit possession plus durable, définitive


et on tombe là dans une "possession" encore plus terrible


puisque l'autre (possédé) perdrait tout droit à diriger sa vie,


étant devenu la chose de son conjoint.


Le "je TE veux" signifie seulement :  j'ai besoin de toi dans un but très précis,


organique, et peut-être affectif, ou narcissique.


Nous sommes là dans le champ de l'avoir.


Parmenide se situe dans le champ de l'être : c'est tout autre chose.


Bon dimanche, Telle.