Pour traverser une rivière (pas trop profonde) on saute de galet en
galet.
C'est un peu ce qui se passe pour nous.
L'huile goménolée puis la vaseline goménolée nous ont offert un appui provisoire.
Jackie d'Aubrac évoque maintenant, avec juste raison, l'homéoplasmine.
L'homéoplasmine est certainement une
des belles réussites commerciales des laboratoires Boiron. Et le succès qu'elle a connu, et qui se prolonge (je crois) est mérité, car sa formule est à la fois osée et prudente.
Mérite-t-elle le nom de pommade homéopathique ?
Par un des ses principes actifs, oui.
Ses autres composants sont allopathiques.
Elle contient six principes actifs :
--- un produit chimique : de l'acide borique.
--- quatre produits végétaux, à savoir :
--- de la teinture de calendula.
--- de la teinture de phytolaque.
--- de la teinture de bryone.
--- du benjoin.
--- et, last but not least, quand il s'agit d'une pommade, l'excipient, à savoir de la vaseline, donc un dérivé du pétrole.
Nous allons examiner chacun d'eux, ils le méritent, et je trouve qu'ils forment un produit final très
harmonieux.
L'acide
borique : B (OH)3
Ce sont les volcans qui nous l'offrent.
C'est un acide faible, et faiblement toxique.
Il est d'actualité car c'est un absorbeur de neutrons : on se sert donc de lui dans l'industrie
nucléaire.
Dans une flamme, il fait apparaître une belle couleur vert clair, ce qui intéresse les pyrotechniciens.
C'est un antiseptique (antibactérien, fongicide) et
insecticide.
On peut (c'est une poudre blanche) s'en servir pour tuer les puces, les cancrelats ou les
fourmis.
Il a été utilisé pour conserver les aliments, et l'est encore dans certains pays, mais il est maintenant interdit en
Europe.
Le calendula.
C'est le souci des jardins.
Avec lui : aucun souci !
Cette plante méditerranéenne semble être la meilleure des plantes, sans toxicité connue. Nous pouvons décorer nos salades
avec ses pétales sans aucune crainte, ou donner grâce à elles de la couleur à notre beurre (ce qui est largement utilisé dans le commerce).
Ses vertus anti oxydantes que lui confére sa richesse en flavonoïdes ne se
développent pas lors d'un traitement local (la plante serait également active comme immunostimulante, hypotensive et hypocholestérolémiante
???), par contre ce qui est intéressant, localement, c' est son action antibactérienne, anti-inflammatoire et
antioedémateuse, décongestionnante. Elle aide à la cicatrisation.
C'est un peu l'arnica des plaines.
Mais sans toxicité (car l'arnica est très toxique : n'en mettez pas dans votre salade !).
Le calendula semble de plus un bon protecteur contre les radiations (ainsi que le romarin) à
tel point que l'on s'en sert parfois pour préparer les patients devant subir une radiothérapie.
Le
phytolaque.
ou "Phytolacca decandra", ce qui veut dire "à dix
étamines".
On l'appelle aussi "raisin d'Amérique". Il produit en effet des grappes (érigées) de fleurs
blanches auxquelles succèdent des fruits violets presque noirs, mais en grappes retombantes.
C'est une grande plante, de 1 à 3 mètres, que l'on reconnaît facilement à ses grosses tiges
creuses, d'une très belle couleur, rose ou rouge violacé.
Cette plante envahit actuellement les forêts d'Europe et est donc considérée comme une "peste
végétale", ce que je trouve très excessif.
Il n'y a pas de peste végétale, mais seulement des humains apprentis sorciers qui font des
bêtises, les plantes n'y sont pour rien.
Je l'ai vue apparaître avec ravissement en forêt de Fontainebleau. On en trouve maintenant en
Auvergne. J'en ai vue sur des photos de Laurence, mais je ne sais plus où. J'en ai moi même photographié une sans le vouloir à proximité de Léotoing.
Par les produits qu'elle émet dans le sol, elle tuerait toute la microfaune et la
microflore. C'est très possible localement, car toutes les plantes (plus ou moins) pratiquent la guerre chimique.
Ainsi les noyers, tout particulièrement.
Toutes les parties de la plante sont toxiques et on dit de ne la manipuler qu'avec des gants, ce
qui est là encore totalement excessif.
J'en ai replanté dans mon jardin où elle se plaît bien, même un peu trop car les plants se sont
multipliés, mais je ne prends aucune précaution quand je les taille ou les arrache, ou lorsque je récolte ses magnifiques fruits, dont raffolent les oiseaux.
Mais si vous avez des chevaux, ne les laissez pas approcher de son feuillage. Un jour j'en ai donné les
feuilles à un lapin et il est mort.
Mais quel est donc l'intérêt de cette plante ?
Sa beauté d'abord.
Et la beauté de la couleur obtenue avec ses fruits mûrs. Elle plairait j'en suis sûr à
eMmA (voir ses teintofleurs), et pour lui en donner une idée, j'ai tenté de l'imiter en écrasant un fruit sur un
papier (avec mes doigts nus !) et à ma grande surprise il en est sorti un vol de papillons !
Avec ses fruits, il ne faut bien sûr pas faire de confiture, mais vous pouvez les écraser et les faire
macérer dans de l'acool. Vous obtiendrez une sorte d'encre rouge foncé qui remplacera fort bien la teinture d'iode ou le mercurochrome.
Il est possible que la teinture de phytolacca soit vendue en pharmacie (pas sûr). Mais elle est
si facile à faire qu'il n'est pas nécessaire de l'acheter. Oh ma pharmacienne va encore m'arracher les oreilles !
Propriétés de cette teinture : désinfectante, anti-inflammatoire. Elle
est particulièrement intéressante dans l'acné et les mycoses.
La bryone
dioïque.
. C'est une plante grimpante qui s'accroche dans les haies par des vrilles. Ses baies sont vertes, puis rouges
à maturité. Attention : hautement toxique et par toutes ses parties ! On appelle aussi la bryone "herbe de feu", ou la "mandragore rampante".
Ses racines charnues peuvent atteindre un énorme volume : une tête d'homme et même plus, pour les
vieux spécimens. Elles sont également toxiques, et très purgatives, mais elles perdraient cette toxicité par la cuisson, et, dit-on, les romanichels, qui l'appellent les "navets du
diable", les déterreraient pour les faire cuire avec des hérissons.
J'ai voulu vérifier, et comme un jour Tintin a déterré une jolie racine, je lui ai donné la
recette . Il l'a fait cuire, croyant préparer un plat bio. Mais il n'a pas aimé du tout, c'était affreusement amer, et a jeté tout le plat : dommage... il n'avait pas dû la
faire cuire assez, ou il avait oublié de mettre un hérisson !
Que vient faire la bryone dans cette pommade ?
Ceci.
Le suc de la plante est très irritant et provoque une violente réaction de la peau, et même,
si l'application est prolongée, une vésiculation et enfin des ulcères.
C'est pourquoi cette pommade peut-être dite homéopathique : en appliquant sur une peau
irritée des quantités extrêmement faibles d'une teinture préparée avec ce végétal, on devrait calmer cette irritation.
C'est donc un remède homéopathique des dermites,
puisque le principe de cette méthode est de soigner le mal par "le même".
Pour faire image, si vous traiter un feu de forêt par de l'eau, c'est de l'allopathie. Si vous
faites un contre feu, vous faites de l'homéopathie.
Cette pommade tente d'associer les deux actions, l'eau et le feu. La bryone, c'est le feu
!
Mais à toute petite dose, rassurez-vous !
Le
benjoin.
C'est le 4 me élément végétal.
C'est une résine provenant de plusieurs espèces de Styrax poussant en Asie, de la Turquie jusqu'en
Thaïlande et au Laos.
Il se présente comme une gomme granuleuse.
Il a été utilisée comme un encens, et sert encore à en
préparer.
"Benjoin" vient d'un mot arabe que signifie "encens javanais", et qui a donné aussi le
mot "benzène".
Il est très utilisé en parfumerie, car il apporte une note orientale et c'est l'un des
constituants du papier d'Armenie.
Son rôle dans cette préparation ?
C'est son composant aromatique.
Car les autres produits sont inodores.
Son action est désinfectante.
La
vaseline.
Elle joue, à mon avis, un rôle importat dans les effets de cette pommade, et si
on voulait honnêtement évaluer les effets de la préparation elle même, il faudrait faire des tests comparatifs avec de la vaseline pure....
Mais ça ne serait ni facile, ni commercial.
Conclusion : cette étude ne se fera jamais, car il faut bien que les labos gagnent
leur vie : ça augmente le PIB de la France, donc ça nous enrichit tous !
Il est quand même permis de se poser des questions, au moins à
soi-même.
Je n'ai rien contre l'hygiène, mais les "civilisés" poussent peut-être le
bouchon un peu loin. A force de se laver, et de se relaver, avec chaque fois des savons, ou autres détergents, on finit par se dégraisser la peau
complètement. Or la peau est un organe gras.
Après "savonnage", la peau sèche, s'irrite, se craquelle, alors on
met de la crème de jour, de la crème traitante, et je ne sais encore quoi d'autre.... Mais je me dis : au lieu de tuer des baleines pour leur piquer leur graisse et redonner un peu de
protection à nos peaux, si on arrêtait de se savonner la peau x fois par jour ?
Pour quelle raison faisons-nous cela ?
Ah... c'est encore pour augmenter le PIB.
Alors oui, c'est logique : des savons pour éliminer la graisse
humaine, et des usines pour fabriquer des produits gras pour la remplacer.
Logique, mais pas si malin que ça.
Pour en revenir à notre pommade, par le seul fait qu'elle ait
pour base un corps gras, elle intervient, pour une peau desséchée, comme un protecteur qui stoppe la déshydratation du derme, et lui permet même, derrière ce film protecteur, de reconstituer
son capital hydrique.
Mais du beurre, ou de l'huile d'olive, ou du saindoux, ou de la lanoline,
extraite du suint de mouton, ou de l'huile d'amandes douces, ou de l'huile de sésame, ou tout autre corps gras... feraient exactement la même chose.
Quelles sont donc
les indications de l'Homéoplasmine ?
Commençons par ses contre-indications.
Du fait de la présence d'acide borique, il ne faut pas en mettre chez le petit
enfant, et surtout pas sur un bébé (à moins que ce soit une fois, et sur une zone minuscule). La peau du bébé est en effet très mince et l'acide borique pourrait pénétrer dans le corps et
provoquer une grave intoxication.
Pour la même raison, on évitera d'en mettre sur les muqueuses, ou sur des
surfaces cutanées étendues, même chez l'adulte.
Dans quels cas l'utiliser ?
Uniquement pour des lésions sèches ou presque sèches : une pommade ne convient
pas à des lésions suintantes.
Uniquement pour des lésions peu étendues :
-- Les petites irritations cutanées, genre suites d'une piqûre de moustique
-- les gerçures (gerçures des lèvres l'hiver)
-- les engelures (!) si pas trop étendues
-- les crevasses
-- les lésions d'acné
-- les petites brûlures (et uniquement les petites)
-- les irritations des narines au cours des rhinites.
Donc à l'entrée des narines de Gisèle puisqu'elle n'aime pas l'odeur de la
vaseline goménolée.
A mon très humble avis, je crois qu'une simple pommade au calendula ferait , la
plupart du temps, tout aussi bien, et sans risque pour l'enfant de moins de 3 ans.
Sauf peut-être quand des champignons peuvent être en cause comme dans les
perlèches : là l'homéoplasmine peut avoir un intérêt.
Mais je sais l'attachement presque sentimental à cette pommade au nom
homéopathique, alors pourquoi pas !
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Je voulais vous parler du Vicks, et autres préparations, mais c'est déjà trop long : j'arrête
!
Ciao !
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